Discours d’Emmanuelle Cosse : Congrès de la Fédération des acteurs de la solidarité

13 janvier 2017

Emmanuelle Cosse a prononcé un discours lors du Congrès de la Fédération des acteurs de la solidarité, vendredi 13 janvier 2017

Monsieur le Président, Cher Louis Gallois, Monsieur le Directeur
Général, cher Florent Gueguen, Monsieur le Président de la FAS
Bourgogne-Franche-Comté, Mesdames, Messieurs, Chers amis,

A l’occasion de son congrès, la FAS a depuis longtemps une tradition d’hospitalité pour les ministres du Logement, qu’ils soient plus ou moins impliqués sur les questions de solidarité.

C’est donc cette fois-ci en qualité de Ministre du Logement et de l’Habitat durable, en charge de l’hébergement, que je suis à vos côtés, et je vous remercie très sincèrement de votre invitation à prononcer le discours de clôture de votre congrès. C’est un plaisir, un honneur et j’en mesure la responsabilité en ces temps troublés et en cette année degrandes échéances politiques pour le combat qui nous rassemble, celui de la solidarité.

Car nombres d’entre vous le savent : je ne découvre pas votre congrès enhabits de Ministre. J’ai le souvenir précis d’être venue lors d’une autre campagne électorale. Je sais que ce sont des moments importants pour mettre en lumière les difficultés auxquelles vous répondez mais aussi les solidarités et les expériences dont vous êtes les porteurs.

Pour cela, sans me dérober une seule seconde à mes responsabilités et mes engagements de Ministre, j’aimerais vous parler le plus directement possible, avant tout comme une militante du logement depuis des années, mais aussi comme une femme engagée qui a été formée par les luttes contre les discriminations, toutes les discriminations. 

Vous avez établi de nombreux constats, vous avancez des propositions fortes, et j’imagine que l’on vous a fait plus encore de promesses tout au long de cette journée. Ce n’est pas mon rôle aujourd’hui d’arbitrer entre les différents projets, mais il est évident que – sur nos questions - je suis du côté des ambitieux qui ne promettent pas des grands soirs.
Je me reconnais dans l’exigence que vous avez, qui ne se départit jamaisde pragmatisme. En campagne, en responsabilité dans un exécutif local, au gouvernement, j’ai toujours tenu à m’appliquer cette discipline qui consiste à préférer obtenir des avancées institutionnelles structurantes plutôt que des victoires médiatiques de court terme. 

Mais rentrons dans le vif du sujet. La situation de l’hébergement et des solidarités cet hiver est-elle la plus difficile que nous ayons connue depuis bien longtemps ? Je le redis ici, en responsabilité, devant vous qui portez les réalités de notre action : je ne le pense pas.
Pour autant, est-ce que tout va bien ? Est-ce qu’une ministre de
l’hébergement peut venir à votre congrès se féliciter de son action et vous présenter de façon auto-satisfaite son bilan : je ne le pense pas non plus.
La crise économique et financière de 2008, la crise migratoire, les
tendances sociales lourdes comme la décohabitation, le délitement de certaines solidarités familiales ou territoriales, les mutations de la pauvreté (plus jeune, plus profonde, plus excluante), les accélérations technologiques et sociétales continuent de pousser une part trop importante de nos concitoyens dans la grande précarité. Les grands-exclus sont bien entendus toujours là, mais les plus fragiles d’entre nous se trouvent aussi chez les travailleurs pauvres, les personnes victimes d’une maladie chronique, les femmes seules à élever leurs enfants, les étudiants précaires…
Pour toutes ces raisons, je ne me satisferai pas de mon action, et je
partage les indignations qui ont été exprimées ces dernières semaines.
Ma responsabilité, en plein cœur de l’hiver, c’est de porter les
politiques publiques vers un plus haut niveau d’exigence. Notre dialoguepermanent, qu’il soit aimable ou rugueux, reste le plus sûr moyen de faire progresser notre actions commune au service des plus pauvres.
Nous sommes au service des 8,5 millions de nos concitoyens qui vivent endessous du seuil de pauvreté, et j’inscris pleinement notre action dans le cadre du Plan de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, lancé en 2013 et renouvelé en 2015.
Les questions d’hébergement, de logement ne peuvent en effet se penser hors des conditions économiques, de l’accès au soin, de l’accès aux services publics. J’ai donc la responsabilité de concevoir et d’animer des politiques qui tiennent compte de l’ensemble du parcours de vie des personnes, mais aussi de leur environnement.

Et le fracas du monde n’a épargné personne cette année encore. Je dois évoquer plus précisément la crise migratoire qui touche l’ensemble des pays européens. Des centaines de milliers de femmes, d’hommes, de mineurs ont quitté des pays en guerre, des villes en feu, des situationsdangereuses pour traverser la Méditerranée et chercher refuge en Europe.
Nous leur devons l’accueil en France, dans un cadre européen. C’est un impératif humanitaire et moral, et une nécessité politique. Vous avez été les grands acteurs de cet accueil. Je sais que nous vous avons demandé beaucoup ces derniers mois. Je sais que vos équipes n’ont pas compté leur énergie ni leur temps pour tenir les engagements que nous avons pris devant les Français. Et je suis venue ici vous dire ma profonde gratitude pour cela.

Je n’ignore pas que notre volonté a mis en tension un certain nombre de dispositifs. Mais je sais aussi que vous avez ainsi contribué à montrer que la France sait faire face en cas de crise et que la République sait innover tout en restant fidèle à ses principes. Nous sommes allés plus vite, nous avons rendu plus efficace certains processus, nous avons développé des démarches partenariales inédites.
Je sais que ces derniers mois ont été éprouvants sur le front de
l’hébergement, mais vous avez présenté le meilleur profil de notre pays aux côtés d’une France bienveillante, qui accueille des migrants et bat des records de générosité pour les grandes causes.
Grâce à vous, nous avons ainsi réussi à mener de front deux combats majeurs : mettre fin aux campements d’infortune de Calais et de Paris, et donner toute sa mesure à notre parc d’hébergement pour l’ensemble des publics qui en ont la nécessité. C’est notre honneur à tous d’avoir sorti de la boue, de la poussière et du froid près de 40.000 migrants en18 mois, dans le même temps qu’on continuait de faire de la place à ceux que notre société a laissé de côté. [...]

Retrouver :

Discours d’Emmanuelle Cosse dans son intégralité : Congrès de la Fédération des acteurs de la solidarité (PDF- 358.1 ko)