Discours de Jacques MÉZARD - Passation de pouvoir

16 octobre 2018

Madame la Ministre, [chère Jacqueline GOURAULT],
Messieurs les Ministres délégués, chers Julien DENORMANDIE et Sébastien LECORNU,
Mesdames et Messieurs les membres de cabinet,
Mesdames et Messieurs les directeurs et cadres d’administration centrale,
Mesdames, Messieurs,

Je veux vous exprimer en toute simplicité les sentiments qui sont les miens en ce moment particulier.

C’est d’abord un profond sentiment de reconnaissance pour la confiance que le Président de la République et le Premier Ministre m’ont portée en me nommant à la tête de ce Ministère. J’ai effectivement souhaité poursuivre autrement mon action politique, en total confiance avec le Président. Je vais retrouver le Sénat de la République auquel ma vie politique est profondément attachée.

C’est aussi un sincère sentiment de gratitude pour votre engagement à mes côtés, chacune et chacun ici présent. Je sais les sacrifices, les heures passées, les batailles menées, la volonté de chaque instant. Je veux vous dire que vous avez été formidables et que nous avons réussi de belles choses ensemble.

Le sentiment qui m’anime aujourd’hui, c’est un sentiment de fierté. Fierté de ce que nous avons accompli, en peu de temps, sur tant de chantiers décisifs pour l’avenir de notre pays. Lorsque je suis arrivé, en juin de l’année passée avec Julien DENORMANDIE à mes côtés, pour assurer la succession de mon ami Richard FERRAND après un bref mais passionnant passage au Ministère de l’Agriculture, j’ai immédiatement compris l’ampleur de la tâche. Un ministère vaste, des effectifs en cabinet bien réduits, des enjeux immenses.

L’objectif même que porte ce Ministère, la cohésion des territoires, appelle un engagement total car c’est l’égalité de la devise républicaine qui se joue. C’est promouvoir l’équité entre tous les territoires.

Et je n’ai cessé de répéter à tous mes collaborateurs : n’oubliez jamais que chacune de nos décisions à des conséquences sur la vie quotidienne de nos concitoyens. C’est l’essence même de la politique d’être au service des femmes et des hommes de ce pays et j’y reviendrai en conclusion.

Si je souhaite la bienvenue à Jacqueline GOURAULT et à Sébastien LECORNU, je veux avoir un mot particulier pour Julien DENORMANDIE, à qui je veux témoigner devant vous ma reconnaissance et mon affection. Nous avons travaillé en totale confiance et synergie, comme un vrai binôme. J’ai en effet voulu rompre avec la tradition des relations difficiles et des guerres d’égo entre un ministre de tutelle et son secrétaire d’Etat. J’ai fait mon maximum pour valoriser et mettre en lumière son travail. Car c’est ainsi que l’on prépare l’avenir.

Vous serez trois ministres en charge du Ministère de la Cohésion des territoires. C’est bien. Avec un périmètre élargi aux collectivités locales, ce que j’avais préconisé au Président de la République.

Et, chère Jacqueline, je sais que vous connaissez bien les collectivités locales pour en avoir eu la responsabilité depuis 17 mois.

Nous avons conduit notre action dans un contexte budgétaire très difficile. Oui, ce ministère aura été celui qui aura contribué le plus, avec le Ministère du Travail, aux efforts d’économies. Cela n’a pas été simple, mais qui peut nier que des efforts sont nécessaires ? En tout cas, nous les avons assumés ensemble, avec loyauté.

Les grands chantiers de ce Ministère sont vraiment sur les rails, impulsant des changements profonds.

A commencer par le logement. Nous avons présenté à l’automne dernier une stratégie logement. Un an plus tard, nous sommes sur le point de conclure le vote d’une loi, la loi ELAN. C’est une loi de simplification et de modernisation, résultat d’un travail exceptionnel de concertation. Suite à la CMP conclusive, fait rarissime pour un texte de cette ampleur, elle devrait être votée incessamment dans les deux chambres. La conférence de consensus entre Sénat et Assemblée nationale, initiée par le Président Gérard LARCHER et que j’avais moi-même souhaitée, a été un succès et a permis d’enclencher un partenariat étroit entre les rapporteurs de l’Assemblée nationale et du Sénat.

La loi ELAN restructurera profondément le secteur du logement social, simplifiera les normes, modernisera la loi littoral et la loi SRU sans tabou mais en respectant leurs fondamentaux, attaquera frontalement les marchands de sommeil, offrira de nouveaux dispositifs avec les collectivités locales pour faciliter leur actions dont les opérations de revitalisation des territoires. La loi ELAN c’est aussi des avancées profondes sur le numérique en synergie avec le new deal mobile que nous avions conclu avec les opérateurs de téléphonie mobile en février dernier et qui permettra d’assurer à tous les territoires une desserte de qualité. Sur la politique du logement, je souhaite vivement qu’une vraie politique d’aide à la pierre soit développée. Les économies budgétaires à court terme seraient coûteuses pour l’avenir.

Des changements profonds également pour l’urgence sociale, avec le dossier sensible et humainement si délicat de l’hébergement d’urgence. Nous ne sommes pas arrivés à ce que personne ne soit à la rue, mais j’ose le dire, jamais il n’a été autant fait en ce domaine. Et ce n’est pas qu’une question de moyens budgétaires, ouverts dans des proportions inégalées. C’est aussi un engagement sans faille de tous les acteurs avec une pression maintenue à chaque instant, en particulier à Paris où la collaboration avec la Maire et ses équipes fut exemplaire sur ce sujet. C’est, là encore, une vision et des actions transformatrices que nous nous sommes efforcés d’impulser avec la mise en œuvre de la priorité au logement d’abord.

Des changements également pour nos territoires, avec en premier lieu le lancement pour nos 222 villes moyennes, trop oubliées depuis 40 ans, de l’opération Action cœur de ville, ce dispositif totalement innovant mis à disposition des maires et des exécutifs locaux, simple d’emploi avec des moyens financiers importants à hauteur de 5 milliards d’euros dans le cadre d’un partenariat exemplaire entre l’Etat, Villes de France, Action Logement, la Caisse des Dépôts et l’ANAH sur les 4 ans qui viennent. Cela va changer profondément nos centres-villes sur tout le territoire métropolitain et d’Outre-mer. Parce que le logement, le patrimoine et le commerce sont au cœur des stratégies de redynamisation des centres villes. Et parce que nos villes moyennes sont des points d’équilibres stratégiques entre les métropoles pour préparer l’avenir de nos territoires.

C’est également dans le cadre de cette stratégie globale que nous avons pu conclure le doublement du financement du Nouveau programme de renouvellement urbain (NPNRU) de 5 à 10 milliards d’euros et que nous avons mis en place l’accélération et la simplification de tous les dossiers de rénovation urbaine si indispensable à la reconquête des quartiers prioritaires.

C’est dans le cadre de cette même stratégie que nous avons lancé cette semaine le plan « Initiative Copropriétés » pour permettre aux collectivités les plus concernées par les plus de 600 copropriétés dégradées d’avoir un nouvel instrument partenarial à leur disposition, avec des financements spécifiques dont 2 milliards de l’ANAH, 500 millions d’euros de l’ANRU et 240 millions de Procivis et de nouveaux financements de la Caisse des Dépôts et d’Action Logement.

Je sais, bien sûr, que tout ne passe pas par une action sur le « bâti ». Je suis fier aussi d’avoir lancé avec Julien DENORMANDIE, une mobilisation nationale pour les habitants des quartiers, en juillet de cette année. Cette mobilisation, ce sont des milliers d’heures de préparation, des centaines et des centaines de contributions, un travail de Jean-Louis BORLOO, d’élus et d’acteurs associatif qui n’ont pas ménagé leurs efforts. C’est une œuvre collective. Je suis très attaché aux priorités qui y sont accordées, notamment en matière d’éducation et de lien social. Je suis convaincu que c’est la voie à suivre pour, sur le long terme, nous permettre de continuer à faire République ensemble. Et je veux dire que je me félicite d’avoir obtenu pour le PLF 2019 une augmentation de 20% des crédits politique de la ville, augmentation la plus forte depuis 40 ans.

La question des quartiers prioritaires de la politique de la ville est essentielle. Ces territoires et leurs habitants sont une richesse pour notre pays. Je partage totalement les inquiétudes exprimées par Gérard COLLOMB en soulignant que la première urgence pour nos concitoyens qui y résident est la sécurité, dossier qui relève des compétences du nouveau Ministre de l’Intérieur, avec une nécessité de mesures urgentes de lutte contre les réseaux et le salafisme en lien évidemment avec une réaffirmation du droit commun dans ces quartiers : emploi, éducation, santé, services publics. Ce sont des décennies d’aveuglement collectif qui nécessitent des choix politiques spécifiques dont des choix budgétaires forts.

L’aménagement du territoire, c’est l’équilibre de tous les territoires sans opposer l’urbain et le rural, ce qui n’a aucun sens. Je me suis préoccupé de l’un et de l’autre, et nous avons agi pour tous. Lorsque l’on prend à bras le corps le sujet du déploiement du numérique, on apporte des réponses dans tous les territoires.

Demain, je pense que davantage pourra encore être fait en mobilisant les énergies sur les territoires sur de grandes politiques publiques : l’accès à la santé, aux services publics, à la mobilité, par exemple. L’enjeu de la future agence nationale pour la cohésion des territoires qui doit être créée, conformément au souhait du Président de la République, est ici, dans la conduite de projet pour impacter positivement nos territoires, accompagner les projets des collectivités, lutter contre les fractures territoriales de façon effective, changer le quotidien, lutter aussi contre les fractures politiques. Ce n’est pas quelque chose que l’Etat pourra réussir seul : c’est avec les collectivités et les acteurs du terrain, en partant de leurs projets et en les accompagnants que nous y parviendrons. C’est vraiment un enjeu majeur. C’est l’objet de la proposition de loi qui a été déposée et qui sera examinée au Sénat le mois prochain et c’est surtout l’enjeu de la façon dont elle sera mise en œuvre par la suite. Le dialogue et le respect des élus locaux et de leurs associations est pour moi essentiel.

Permettez-moi enfin d’exprimer mes chaleureux remerciements aux membres de mon cabinet, qui n’ont jamais failli quelle que soit l’intensité et la complexité de nos travaux. Je veux aussi remercier ici tous nos services, dont je peux vous dire que j’ai été exigeant avec eux, parce que je sais que lorsqu’on est fonctionnaire, on l’est par vocation et que nous avons ensemble à cœur de servir avec détermination l’intérêt public.

De ce jour, je reprends cette liberté qu’en fait je n’ai jamais abandonnée parce qu’elle est consubstantielle à ce que doit être un homme politique. Parce que la loyauté, ce n’est pas le silence mais le dialogue. Parce qu’être Ministre ce ne peut être l’exécution des directives d’une haute administration compétente et intelligente mais celui qui fixe les objectifs à son administration.

Je crois très fermement que les démocraties occidentales sont dans une grave crise politique et sociologique. Tout ce qui se passe à nos frontières le démontre amplement, comme aux Etats-Unis, au Brésil et ailleurs.

Le peuple, et pour moi cette expression est laudative, exprime un rejet de différentes strates du pouvoir : politique, syndical, économique… La concentration des pouvoirs entre les mains de ce qui est perçu, à tort ou à raison, comme une technocratie, un milieu restreint, alimente la défiance et le sentiment d’abandon. Le premier remède est d’être à l’écoute de nos concitoyens sur le terrain et de les respecter en préalable à toute décision. Le second doit être de restaurer la démocratie représentative, expression du suffrage des électeurs.

Madame la Ministre, je vous transmets les clefs d’un Ministère dont les grandes réformes, sur tous les sujets, sont sur les rails. Les politiques publiques qu’il porte ont connu je le crois des impulsions fortes, nous nous y sommes attelés sans relâche, quelles que soient les nécessités budgétaires. Je suis heureux et fier de vous transmettre la conduite de ce grand et beau ministère.

 

Discours de Jacques MÉZARD - Passation de pouvoir (PDF- 200.8 ko)