Discours

Discours de Mme Jacqueline Gourault - Clôture du colloque « Education & ruralités »

Publié le 13/02/2020

Mme Jacqueline Gourault à prononcé un discours lors de la clôture du colloque « Education & ruralités » jeudi 13 février 2020

Monsieur le Député, cher Alexandre Freschi,
Mesdames et Messieurs les députés,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Je suis heureuse d’être avec vous aujourd’hui pour la clôture de ce colloque « Education & ruralités », et je tiens à saluer tout particulièrement le député Alexandre Freschi pour cette belle initiative.

Je n’ai pas assisté à l’ensemble de vos échanges mais, pour ce que j’ai pu en voir, il a été beaucoup question de l’avenir. C’est au fond assez normal lorsqu’on parle « d’éducation » et de jeunesse. C’est peut-être plus exceptionnel lorsqu’il est question des « ruralités », et cela marque je crois un vrai changement de regard.

Car le rapport à l’avenir, la capacité à se projeter, est aujourd’hui le principal révélateur des inégalités entre les territoires.

De ce point de vue, même si les territoires ruraux vivent des réalités très différentes de situations et de dynamiques, certains connaissent de réelles difficultés, notamment en termes de services publics, d’emploi et de transports…

Dans une récente note de la Fondation Jean Jaurès, vous pointez justement, Salomé Berlioux, à quel point ces difficultés – vécues ou ressenties - sont au cœur de la différence de confiance et de projection dans l’avenir entre « jeunes des villes » et « jeunes des champs ».

Et en même temps, il y a un « paradoxe de la ruralité » qui se renforce d’année en année. Car pour beaucoup d’entre eux, ces territoires sont au cœur des grandes transitions :

- Ils sont plébiscités par nos concitoyens comme le « cadre de vie idéal » : depuis 20 ans l’exode rural s’est inversé et les campagnes gagnent 100 000 habitants par an ! ;

- Ils fourmillent déjà d’initiatives, portées notamment par des jeunes qui y viennent - ou y reviennent - pour les réinventer.

Sur l’avenir justement, Saint-Exupéry écrivait qu’il « ne s’agit pas tant de le prévoir que de le rendre possible ». C’est pour cela qu’aujourd’hui, nous mettons tant d’énergie pour accompagner les territoires ruraux dans ces transformations.

Ce matin, pour clôturer ce colloque, je souhaitais donc aborder trois points avec vous :

- Tout d’abord vous dire que, depuis le début du quinquennat, le Gouvernement s’est mobilisé pour prendre en compte les spécificités des territoires ruraux dans les politiques éducatives ;

- Vous dire ensuite que, dans le cadre de l’Agenda rural, qui constitue la feuille de route du Gouvernement en faveur des territoires ruraux, nous avons souhaité aller plus loin et prendre de nouvelles mesures en faveur de la jeunesse ;

- Enfin je voudrais vous dire quelques mots du projet de loi 3D, qui est au cœur de l’actualité de mon ministère et offre des perspectives intéressantes sur ces sujets.

1- Je le disais, depuis le début du quinquennat, nous avons pris en compte les spécificités des territoires ruraux dans les politiques éducatives pour renforcer la promesse républicaine d’égalité des chances

Dès juillet 2017, lors de la première « Conférence des territoires », le Président de la République a pris la mesure de ces spécificités et a chargé le Gouvernement d’agir.  

Les inégalités scolaires, nous le savons, sont une menace particulièrement corrosive pour notre contrat social :

- Or les causes sociales de ces inégalités ont le plus souvent des racines territoriales ;

- Il est donc primordial de pourvoir renforcer la qualité de l’école pour tous, particulièrement dans les territoires fragiles, dont les espaces ruraux.

Sur ce sujet, le Ministre de l’Education a déjà apporté un certain nombre d’éléments. Sans revenir sur ce qu’il a dit, certaines mesures me semblent particulièrement emblématiques de notre effort en ce sens. Ainsi, malgré la baisse démographique dans le 1er degré, le Gouvernement maintient fermement son soutien aux écoles rurales :

- A commencer par un engagement fort : aucune école ne sera fermée sans l’accord du maire, dès la rentrée prochaine et jusqu’à  la fin du quinquennat ;

- La création de 400 postes supplémentaires en deux ans pour les 40.000 élèves des 45 départements les plus ruraux ;

- Le maintien d’un réseau d’écoles rurales à un haut niveau de densité

Les résultats sont déjà perceptibles : le taux d’encadrement des élèves est en hausse dans l’ensemble des départements, notamment les 50 les plus ruraux !

C’est également pour renforcer ce soutien que, lors des dernières rentrées, les territoires ruraux ont bénéficié en priorité du :

- « Plan mercredi », qui accompagne les écoles dans l’accueil de loisirs et l’organisation des activités scolaires et périscolaires ;

- Programme « Ecoles numériques innovantes et ruralité ». Lancé en juin 2018, doté de 20 millions d’euros, il permet à 3.000 écoles de bénéficier d’équipements numériques pour favoriser les apprentissages et enrichir le lien avec les familles.

Désormais, le rapport « Mission Territoires et réussite », commandé par le ministre de l’Education nationale à Ariane Azéma et Pierre Mathiot, que j’ai le plaisir de saluer ce matin, va nous permettre d’aller collectivement plus loin pour réduire ces inégalités territoriales.

Rendu en novembre 2019, il contient plusieurs mesures sur lesquelles j’aurai le plaisir de travailler dans les prochains mois avec Jean-Michel Blanquer. Certaines mesures ont retenu mon attention :

- Les propositions en matière d’appui aux écoles des petites villes et bourgs en difficulté sociale et scolaire qui me semblent intéressantes dans le cadre du programme « Petites Villes de Demain », que le Premier ministre m’a chargée d’élaborer, et qui sera déployé après les élections municipales pour permettre que « le village redevienne le centre de la vie » (comme l’a exprimé le Premier ministre) ;

- Ou encore la proposition relative aux « agendas académiques territoriaux » pour encourager la planification stratégique territoriale ;

Nous allons articuler ce travail avec les mesures figurant dans l’Agenda rural en matière de politique éducative, notamment :

- Mieux prendre en compte les contraintes territoriales – à commencer par l’éloignement et l’isolement - dans l’allocation des moyens de l’Education nationale, avec la mise en place par le ministère de l’Education nationale d’un « indice d’éloignement ». Cette mesure était très attendue et nous sommes en train de la déployer ;

- Atteindre l’objectif fixé par le ministre de l’Agriculture de 200.000 élèves au sein de l’enseignement agricole ;

- Ouvrir 33 campus connectés dans les territoires ruraux, pour permettre aux étudiants de mener leurs études à distance tout en bénéficiant d’un accompagnement renforcé. C’est un pas immense en faveur de la confiance en soi et de l’émancipation, qui sont les clés de l’avenir pour les jeunes !

2- Au-delà des politiques éducatives, nous allons agir sur tous les leviers pour permettre à chaque jeune des territoires ruraux de pouvoir réaliser ses projets et ses rêves

Là encore, le Président de la République l’a exprimé clairement lors de la Conférence des territoires de juillet 2017 : « ce que demande la ruralité, c’est d’avoir les mêmes chances de réussir ».

Nous sommes ici au cœur du pacte républicain. Chacun, où qu’il soit, doit :

- pouvoir choisir de grandir et vivre dans le territoire qu’il souhaite ;

- ne pas se sentir assigné à résidence, situation source de tant de malaise et de ressentiment.

Outre les mesures éducatives déjà évoquées, l’Agenda rural comprend également de très nombreuses mesures visant à améliorer concrètement la vie quotidienne des jeunes dans les territoires ruraux.

Je veux citer notamment :

- La mise en place de la « boussole des jeunes » : cette plateforme va permettre de rassembler, sur une plateforme unique, l’ensemble des droits et dispositifs ouverts à la jeunesse (par exemple la réduction de cartes de transports ou les offres culturelles…) ;  

- Le permis à 1 € : car dans les espaces ruraux, pouvoir conduire est souvent la première des conditions pour trouver un emploi ;

- Le déploiement de  20 000 services civiques.

Par ailleurs, j’ai été interpellée par plusieurs élus ruraux pour que le dispositif « Argent de poche », qui existe aujourd’hui pour les jeunes dans les quartiers politique de la ville, soit également ouvert aux jeunes ruraux. J’y suis pour ma part très favorable et nous étudions ce sujet avec mes collègues pour le rendre possible prochainement.

Au-delà, je suis particulièrement mobilisée, avec les équipes de mon ministère, pour déployer un certain nombre de politiques qui auront un impact direct sur la capacité des jeunes à construire leur avenir :

C’est bien sûr France Services, qui va permettre de répondre concrètement au besoin de services publics plus proches et plus accessibles.

France Services n’est pas en effet une simple amélioration des Maisons de Service Au Public déjà existantes. Ces espaces incarnent l’objectif de faire revenir « Marianne » dans tous les territoires, en particulier dans les territoires ruraux, là où ils avaient peu à peu disparu.

Et déjà les résultats sont à la hauteur de notre engagement :

- 534 France Services ont déjà été labellisés depuis le 1er janvier, dont plus de 80% en zone rurale ;

- d’ici 2022, un espace France Services sera présent dans chacun des cantons.

Nous déployons également en 2020 plusieurs programmes ambitieux visant à renforcer l’attractivité de ces espaces et accompagner leur réinvention.  

C’est pour cela que nous soutenons les tiers-lieux. Car à travers ces espaces, les jeunes femmes et les jeunes hommes révolutionnent au quotidien les modes de faire, et plus largement les modes de vie.

Qu’il s’agisse de lieux de création, d’espaces de coworking, de FabLab, de living lab ou de friches artistiques, ils apportent lien social, convivialité et créativité à ces territoires. Ils sont d’ailleurs souvent moteurs dans la revitalisation des centres-bourgs en ramenant avec eux services et commerces.

Avec l’Agence Nationale de la Cohésion des territoires, qui a vu le jour au 1er janvier 2020, nous allons soutenir 300 de ces tiers-lieux, dont 150 sont situés dans les territoires ruraux. Je peux d’ailleurs vous dire aujourd’hui que nous nous annoncerons prochainement les premiers tiers-lieux ruraux lauréats.

Pour accompagner cette dynamique, nous sommes également pleinement mobilisés pour renforcer l’accès au numérique, car nous avons pleinement conscience que c’est aujourd’hui la première porte d’accès au monde. Ainsi, nous nous sommes engagés à :

- résorber les zones blanches de la téléphonie mobile d’ici 5 ans ;

- faire déployer d’ici fin 2020 la 4G sur tous les pylônes existants.

3- Enfin, je voudrais vous dire quelques mots du projet de loi « 3D », que je présenterai au premier semestre 2020

C’est un texte très important pour les territoires. Son ambition, c’est bien sûr d’aller plus loin en termes de décentralisation :

- pas pour tout décentraliser, car vous le savez, beaucoup a déjà été fait de ce point de vue ;

- bien souvent, il s’agit déjà d’achever des étapes de décentralisation passées qui ne sont pas allées à leur terme.

Il permettra surtout d’expérimenter, de différencier ; en un mot d’apporter de la souplesse et de la respiration.

Pour ce faire, le Président de la République a fixé trois thématiques prioritaires : transition écologique, logement, mobilités. Mais nous souhaitons que les expérimentations puissent couvrir d’autres sujets, dès lors qu’elles permettent de mieux répondre aux demandes et besoins concrets exprimés par les territoires.

C’est pour cela que j’ai lancé en ce début d’année 2020 une grande consultation nationale, avec une méthode conçue au plus près des territoires :

- je me rendrai au moins une fois dans chacune des régions ;

- en parallèle, les préfets ont été chargés de mener la concertation locale pour recueillir les contributions ;

- enfin, je travaille avec les associations d’élus locaux et les parlementaires.

A ce stade, au cours des consultations auxquelles j’ai assistées, les sujets « éducation » ne sont pas remontés parmi les sujets les plus sensibles dans les réflexions. Mais je sais que certaines demandes ont déjà été formulées, notamment par les régions, et je demeure évidemment à l’écoute des territoires et de leurs acteurs.

Conclusion :

Dans Leurs enfants après eux, le magnifique Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu décrit ces générations de jeunes ruraux, condamnées à revivre éternellement la même existence, sans espoir d’en sortir.

Précisément, je crois que toute notre action consiste à combattre ces assignations, qu’elles soient géographiques, économiques, ou - ce qui est parfois pire - symboliques :

- De « jeunesse des villes » contre une « jeunesse des champs » ;

- De « ruralités » plus ou moins déclinantes contre une « urbanité » perçue comme triomphante.

Au quotidien, nous renforçons au contraire « l’alliance des territoires ». Car par-delà les difficultés, loin des polémiques stériles, nos territoires « sont déjà traversés par mille files tendus entre eux qui les solidarisent » (Pierre Veltz).

Cette histoire d’une société ambitieuse économiquement et respectueuse écologiquement, ouverte au global et proche du local, mobile et enracinée émerge actuellement sous nos yeux.

Elle reste largement à écrire. Il reviendra sans doute pour une large part à la jeunesse de le faire.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi