Discours d’Emmanuelle Cosse à Grande-Synthe

17 mars 2017

Seul le prononcé fait foi

« Monsieur le Préfet,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs,

Nous nous retrouvons aujourd’hui à Grande-Synthe, et je remercie le maire Damien Carême de son accueil, pour la signature d’un avenant à la convention de partenariat au sein du camp de la Linière ; mais également pour nous rendre ensuite sur le site de l’Ilot des Peintres, qui fait l’objet d’un formidable projet de renouvellement urbain.

Vous le savez Grande-Synthe est une ville qui est très médiatisée pour son action remarquable et volontariste en faveur de l’accueil des migrants, mais c’est aussi une ville comme les autres, qui évolue, qui a des projets, qui se projette dans l’avenir.

Ainsi venir aujourd’hui à Grande-Synthe ce n’est pas pour moi venir voir un laboratoire comme on dit parfois, car ses habitants ne sont pas des objets d’expérience. C’est venir pour accompagner des politiques publiques qui s’articulent entre elles, c’est venir pour parler du camp aujourd’hui mais aussi de la Ville telle qu’elle sera demain.

C’est régler les problèmes du présent pour préparer les projets du futur. C’est pourquoi, dans le même temps, nous allons signer aujourd’hui l’avenant préparant une nouvelle étape de la vie du camp de la Linière, mais également pour labelliser le projet d’éco quartier qui lui succèdera.
Avant de rentrer dans les détails je tiens à saluer le courage, je pense qu’on peut oser le mot, et la pugnacité de Damien Carême, qui fait honneur à la République.

Contrairement à d’autres élus locaux qui se sont opposés à la politique de mise à l’abri de l’Etat au moment du démantèlement de Calais, Damien Carême avait pris ses responsabilités en décidant de mettre sur pied ce camp pour sortir les gens de la détresse dans laquelle ils étaient. Je salue ici son sens du devoir et son humanité, le sien mais aussi celui de toute son équipe municipale et son administration qui l’accompagnent.

Je tiens également à saluer le travail, qui se fait dans des conditions difficiles, de tous les travailleurs sociaux qui opèrent dans le camp. Je salue l’engagement de notre opérateur l’AFEJI, qui fait la démonstration de son savoir faire dans la gestion quotidienne et difficile du camp. A travers cet avenant, nous leur renouvelons une nouvelle fois, monsieur le maire, notre confiance.

Vous le savez, le Gouvernement a pris la décision d’accompagner le Maire dans cette démarche, notamment à travers le financement du camp humanitaire. Cela n’a pas toujours été simple mais nous l’avons fait en bonne intelligence, en ayant tous en tête que ce camp ne représente de toute façon qu’une solution temporaire, et en aucun cas une solution idéale.

Car je le dis à celles et ceux qui pourraient être aveuglés par une forme de romantisme naïf : en France un camp ne peut pas être un horizon durable, acceptable et désirable. Le camp, c’est une solution provisoire, de répit, pour éviter le pire.

Dans un pays comme la France, nous devons avoir une ambition d’accueil supérieure, à la hauteur de nos valeurs et de nos moyens. En France, l’hébergement se fait et doit se faire dans des centres d’accueil avec des standards qui sont parmi les meilleurs au monde.

La place des migrants est dans les centres d’accueil où ils pourront bénéficier d’un suivi adapté, d’une information sur leurs droits, de possibilités de s’inscrire dans le parcours de la demande d’asile et donc d’emprunter un chemin vers une insertion durable dans notre pays.

Il faut donc rappeler des évidences que nous partageons avec Damien Carême. D’une part, des cabanes en bois ne peuvent être le point d’arrivée final d’une migration de plusieurs milliers de kilomètres ; d’autre part, aucun territoire ne peut à lui seul supporter le devoir d’hospitalité.

C’est pourquoi nous avons mis en place, avec Bernard Cazeneuve, un réseau de Centres d’accueil et d’orientation répartis sur l’ensemble du territoire. Et c’est pourquoi nous voulons, avec Bruno Leroux, continuer à structurer cette politique humanitaire dans la durée et maintenir une capacité d’accueil en CAO importante, aux alentours de 10 000 places pérennes, qui viennent précéder les places en CADA qui je le rappelle, ont été doublées sous ce quinquennat pour passer de 20 000 à 40 000 places.

C’est donc dans cet état d’esprit que nous nous retrouvons aujourd’hui. Et nous intervenons aujourd’hui dans un contexte particulier et de tension. Nous constatons effectivement une dégradation importante des conditions de vie à l’intérieur du camp et une montée de l’insécurité qui touche en premier lieu les plus vulnérables, à commencer par les femmes.

Avec la surpopulation du camp et la montée des violences qu’elle entraine, nous devons réagir. Le statu quo n’est pas possible.
C’est pourquoi j’ai travaillé avec Damien Carême d’une nouvelle étape de réduction et de sécurisation du camp de la Linière. A travers cet avenant, nous souhaitons reprendre la main sur le camp, toujours avec des solutions humanitaires mais avec fermeté face à ceux qui exploitent la misère. Il nous faut aujourd’hui reprendre un contrôle total sur le camp pour améliorer les conditions de vie en son sein, les possibilités d’accompagnements et nous attaquer résolument aux réseaux de passeurs qui le gangrènent à l’heure actuelle.

Il s’agit donc pour nous, non pas de procéder à un démantèlement brutal qui n’aurait pour conséquence qu’une dispersion temporaire des personnes, à la manière de ce qu’a pu faire la droite à Sangatte, mais de procéder à la reprise d’une trajectoire de diminution de ce camp.

Ainsi, l’avenant à la convention prévoit, jusqu’à la date du 31 aout 2017 :

  • la reprise des réorientations en CAO et la réduction du camp pour arriver à une population de 700 personnes. Pour cela nous avons demandé, avec Bruno Le Roux, à tous les préfets de maintenir une capacité d’offre de places de CAO à hauteur d’environ 10 000 places en France et donc de trouver de créer de nouveaux centres pour pallier les fermetures prévues (exemple camp de vacances qui réouvre à Pâques). Même en période électorale, même lorsque le fond de l’air politique est mauvais, nous voulons continuer de garantir les conditions de la solidarité nationale envers les migrants.
  • la sécurisation du camp avec l’installation de deux portiques sécurisés à l’entrée et à la sortie du camp, ainsi que l’installation d’une bordure sécurisée. La sécurisation du camp pourra ainsi s’appuyer sur un dispositif de badges qui permettra un meilleur contrôle des accès au camp
  • engagement de crédits d’Etat sur la période ouverte par cet avenant à hauteur de 3 millions d’euros. Cet engagement financier comprendra, c’est une demande du maire à laquelle j’ai souhaité répondre favorablement, un volet alimentation à hauteur de 250 000 euros.

Mesdames, messieurs, vous l’aurez compris, l’Etat, à travers cette prolongation de la convention de partenariat avec la ville de Grande Synthe et l’AFEJI, rappelle sa volonté d’être en soutien au travail humanitaire qui est délivré au quotidien au sein du camp de la Linière. Il est au côté de celles et ceux qui tendent la main.

Garantir des conditions de vie dignes dans le camp, et pour cela assurer un niveau de sécurité satisfaisant en son sein, tel est l’objet de cet avenant que nous signons cet après-midi. Je vous remercie. »

Seul le prononcé fait foi