Première édition des Assises du Logement – Quel logement voulons-nous pour le XXIème siècle ?

16 novembre 2018

Quel logement pour demain ? Comment bien vieillir chez soi ? Quelle est la place du numérique dans la construction ? Pour répondre à ces questions, l’ensemble des acteurs du logement se sont réunis lors de la première édition des Assises du Logement le 15 novembre 2018 au Palais d’Iéna à Paris. Le ministre de la ville et du logement Julien Denormandie est venu clôturer les Assises et signer le plan BIM 2022 sur la transition du numérique dans la construction.


Décryptage de la loi Elan

« La loi Elan est un texte ambitieux, vaste. Il faut le resituer dans son contexte et en expliquer les composantes », a déclaré François Adam, directeur de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP) rattaché au ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, inaugurant par la même les premières interventions de la journée. Un décryptage clé puisque la loi Elan, thème de sa prestation, a été validée le soir même au Conseil constitutionnel. La loi Elan est une législation singulière, car fruit d’une "consultation mixte paritaire conclusive", souligne François Adam.




La loi ELAN validée par le Conseil constitutionnel
 

Une année riche en réformes

Issue de la stratégie logement du Gouvernement, l’année 2018 a été celle de l’élaboration de la loi Elan, mais aussi l’année du plan de rénovation énergétique ; l’année où la future réglementation énergétique et environnementale lance le bas-carbone ; l’année enfin où les défis numériques, économiques, sociaux et environnementaux se font plus que jamais présents. Autant de sujets qui ont mobilisé pas moins de 800 inscrits et 50 conférenciers pour apporter leurs éclairages, témoigner de leurs engagements et de la dynamique d’innovation autour du logement de demain. Si les opinions divergent au cœur de l’hémicycle du Conseil économique, social et environnemental (CESE), tous s’accordent sur l’idée que les enjeux sont de taille, notamment en ce qui concerne la lutte contre l’habitat indigne, à la suite de l’effondrement de deux immeubles le 5 novembre à Marseille.

BIM 2022 : accompagner la transformation digitale dans la construction
«  La transition digitale est une chance  », a déclaré Julien Denormandie en clôture des premières Assises du Logement. Et pour cause, le ministre en charge du logement signait ce jeudi 15 novembre le plan BIM 2022, dont la présidence a été confiée à Yves Laffoucrière. Son objectif : construire plus vite et moins cher. Le BIM pour « Building Information Modelling » est une maquette numérique qui met en place un processus de travail et des outils concrets afin de libérer l’organisation en silo dans le monde de la construction et de travailler efficacement avec les
usagers en en leurs proposant des évolutions en direct grâce à des
options visibles sur un écran.

L’habitat de demain

Trois questions à … Hélène Peskine, secrétaire permanente du plan d’urbanisme construction et architecture (PUCA), intervenante aux assises du logement.

Comment vivre chez soi demain ?

H.P. - Demain le logement doit pouvoir répondre à une flexibilité d’usages. À l’ère du numérique, il est courant de travailler chez soi ; le logement doit donc pouvoir répondre à des fonctions différentes selon l’heure de la journée ou la période de l’année. De même, un appartement familial doit pouvoir être transformé en un appartement pour un couple retraité avec une chambre d’ami qui pourra être louée, par exemple. L’accueil adapté peut aussi correspondre à la colocation à mi-temps, comme pour les travailleurs qui sont une partie du temps quelque part en France et le reste de la semaine dans un autre endroit. Les logements de demain ne répondent plus au logement familial classique. L’idée c’est que le logement appartient à celui qui l’occupe et donc continue d’évoluer dans le temps long. C’est là tout l’intérêt d’allier résilience et permanence.

Vous parlez de permanence et de résilience, mais comment faire pour qu’un logement soit à la fois flexible et robuste ?

H.P. - Le logement ne peut pas se permettre d’être fragile. Il s’agit de réfléchir avec les acteurs de la construction à des injonctions qui semblent contradictoires. Le bâtiment doit pouvoir être agile et rester utilisable pendant son cycle de vie qui est de l’ordre de 50 ans aujourd’hui. Il faut avoir les deux en tête, sans oublier la fonction première du logement : loger les personnes. Cela oblige les gens à travailler ensemble de manière créative. Le risque pour l’heure c’est de rigidifier les normes. Il faut se tourner vers l’expérimentation et non vers la normalisation des projets pour permettre au terme de « flexibilité » de faire sens. On ne sait pas encore aujourd’hui quelles seront les réponses pour le logement de 2030, il faut laisser la nouvelle génération nous épater. En termes de matériaux on va avoir tendance à se tourner vers le bois et les constructions sèches qui sont plus flexibles.

La flexibilité d’usage est-elle propre au logement ?

H.P. - On travaille sur cette flexibilité d’usage à l’échelle du logement, mais aussi à l’échelle de la ville. Dans le cadre du vieillissement, il s’agit d’analyser les besoins de déplacements et les services spécifiques à rattacher au logement de manière pérenne ou transitoire pour permettre aux gens de rester chez eux. Les enjeux sont à la fois économiques et sociaux. Il faut définir le modèle économique de ce logement transitoire, le responsable de sa construction et sur le plan social, veiller à ne pas créer des communautés fermées, mais au contraire encourager la mixité sociale.

Crédit photo : Twitter @J_Denormandie (photo 1) / Pauline Autin MCTRCT (photo 2)