Voisin Malin : du porte-à-porte pour redynamiser les quartiers populaires

14 décembre 2018| Mis a jour le 17 décembre 2018

Rompre avec l’image des quartiers et l’isolement des personnes éloignées des services publics par la mobilisation des habitants eux-mêmes ; c’est le défi que se sont lancés la centaine de Voisins Malins en France. Porteurs d’un message utile comme la prévention du cancer du sein ou la sensibilisation au tri des déchets, les Voisins Malins frappent à la porte des habitants des quartiers, trop souvent, étrangers à leurs environnements. Rencontre avec Anne Charpy, la créatrice de ce réseau de passeurs de l’information.

Dans quel contexte et avec quelles missions, en particulier, s’est créée l’association ?

Une expérience fondatrice a été au début des années 1990. Je me suis rendue au Chili dans un programme de micro-crédit. Ce programme m’a permis de rencontrer des micros-entrepreneurs dans les bidonvilles. Ces personnes, dès lors qu’ils recevaient de manière inespérée un micro-crédit avaient pour première préoccupation que d’autres personnes en profite. Pour se prémunir face aux difficultés rencontrés, ils ont créé une coopérative de syndicats professionnels pour faire reconnaître leur travail. A la suite de cette expérience, je me suis dit qu’en France aussi on avait des gens à écouter dans les quartiers. Mon idée alors, c’était de bosser au cœur de la politique de la ville. En 2008, le maire de Grigny, où je travaillais, n’a été réélu qu’avec à peine 2 000 voix sur 27 000 habitants, ce qui m’a profondément marquée. Pour les décideurs dont je faisais partie, il fallait que les services et les habitants puissent se rencontrer. Les institutions n’étant plus le lieu adéquat et les associations étant à bout de souffle, il fallait inventer quelque chose de nouveau. L’association s’est ainsi créée autour d’habitants ressources, qui avaient envie de changer la situation.

Quelles sont les principales actions conduites, aujourd’hui ?

Le porte-à-porte. Voisin Malin, ce sont des personnes qui ont un contrat de travail pour porter un message qu’ils ont construit avec un partenaire. Ce sont des contrats de prestations en lien avec les bailleurs sociaux, les mairies ou encore Veolia pour les missions de services publics sur l’eau, par exemple. Le porte-à-porte, c’est vraiment quelque chose qu’on fait de manière professionnelle. On noue des relations avec les gardiens d’immeubles et les Voisins malins s’approprient les sujets, après avoir été formé par les partenaires. Notre seul objectif c’est que les gens se posent des questions et se sentent concernés. Naturellement on les guide pour qu’ils se disent qu’ils peuvent changer ou faire quelque chose. Sur la thématique de l’eau, la sensibilisation aux compteurs individuels permet de suivre la consommation et de faire baisser les factures. Pour la prévention du cancer du sein, il faut que le manager vérifie si il y a des radiologues qui peuvent faire la mammographie et que les habitantes puissent s’y rendre quelle que soit leur situation. C’est concret. L’idée, c’est que les gens se réapproprient ce qu’il se passe autour d’eux.


Villiers-le-Bel/Vosins Malin. ©Arnaud Bouissou

Villiers-le-Bel/Vosins Malin. ©Arnaud Bouissou


De quelle réussite êtes-vous la plus fière ?

C’est de voir cette centaine de Voisins malins qui sont convaincus de l’importance de leur rôle. On a des voisines qui ne sont pas toutes jeunes et qui, alors qu’elles ont des boulots à côté, prennent le temps d’aller faire ce porte-à-porte les week-ends. Une me disait l’autre jour que ce qui l’a nourrissait c’était d’avoir ces discussions avec ces personnes très différentes et qu’elle ne connaissait pas. Ce dont je suis fière, c’est cette preuve finalement que beaucoup de gens en étant outillés, accompagnés, peuvent tisser des petites choses qui mises bout à bout peuvent créer du changement. Et les maires des villes où nous sommes présents le constatent. Les habitants sortent de leur isolement et rejoignent des associations, les conseils citoyens… Avec pas grand-chose, on peut révéler les envies, le potentiel des gens.

Comment le travail de l’association s’inscrit-il, plus globalement, dans l’action locale ?

L’idée c’est vraiment que les gens se réapproprient ce qu’il se passe autour d’eux dans le quartier. Les Voisins malins, après huit ans d’expériences à Courcouronnes par exemple, sentent que le climat dans une résidence réputée tendue, agressive a complètement changé. Le gardien est plus serein, les gens sont bienveillants les uns avec les autres. Les passages répétés des Voisins malins sur différentes thématiques animent le quartier. Il faut savoir qu’aujourd’hui l’association est présente dans 14 villes - en Essonne, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d’Oise, à Paris, à Lille, à Villeurbanne et plus récemment à Marseille - et à vocation à s’étendre. Dès début 2019 Voisin malin s’installe à Roubaix, Vénissieux et à Nantes.

Qu’évoquent pour vous les « Territoires en action » ?

Ça parle de deux choses qui finalement sont très proches de notre action. L’association Voisin Malin est présente sur des territoires, mais plus encore dans des quartiers. On est sur de l’hyper proximité. Les Voisins malins, en se réunissant une fois par mois, échangent sur leur fonctionnement et sur les thèmes abordés lors de leurs missions : santé, éducation, culture… Tout est mis en œuvre pour rattacher ces réflexions à une action concrète pour que les gens vivent mieux. On invente le métier, l’action à partir du terrain.

Anne Charoy - Voisin malin