Discours

Discours de Jacqueline Gourault : Lancement de la Présidence française de la SUERA Mardi 4 février 2020 - Lyon

Publié le 04/02/2020

Monsieur le Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, cher Laurent Wauquiez,
Monsieur le Président de la Région Provence Alpes-Côte-d’Azur, cher Renaud Muselier,
Madame la Présidente de la Région Bourgogne Franche-Comté, chère Marie-Guite Dufay,
Monsieur le Président de la Région du Piémont, cher Alberto Cirio,
Monsieur le Vice-président de la Région Lombardie, en charge de l’environnement,
cher Raffaele Cattaneo,
Madame la Ministre d’Etat du Bade-Wurtemberg, en charge de la société civile et de la participation citoyenne, chère Gisela Erler,
Monsieur le représentant de Madame la Commissaire européenne en charge de la Cohésion,
Monsieur le représentant du Secrétariat permanent de la Convention alpine,
Monsieur Nicolas Plain, « grand témoin » pour la SUERA
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Les Alpes sont au cœur de l’Europe.
Elles en sont tout à la fois l’épine dorsale, le point culminant et le château d’eau.
Depuis des siècles, elles sont surtout un formidable espace de rencontres entre les peuples. Et à travers ces échanges, parfois belliqueux, souvent fertiles, c’est l’idée même d’Europe qui a germé.
Certains moments-clés de notre histoire collective s’y sont noués. Je songe bien sûr aux épopées d’Hannibal, de Charles VIII ou de Napoléon. Et il y en eut tant d’autres.
Les Alpes ont aussi inspiré certaines des plus belles pages de notre patrimoine littéraire européen. Jean-Jacques Rousseau notamment, citoyen français et esprit cosmopolite, avouait sa fascination pour ce « mélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée ».

Façonnées par cette longue et passionnante histoire, les Alpes sont aujourd’hui l’un des territoires les plus dynamiques de notre continent, regroupant :
- cinq États membres de l’UE et deux pays tiers : France, Allemagne, Autriche, Italie, Slovénie, Suisse, Liechtenstein ;
- 48 régions dont trois françaises : Auvergne – Rhône-Alpes, Bourgogne –Franche-Comté et Provence-Alpes-Côte d’Azur ;
- près de 80 millions de nos concitoyens.

Mais ce patrimoine hérité et partagé est aussi un territoire fragile, menacé par le changement climatique. La fonte des glaciers, la dégradation de la biodiversité ou l’augmentation des épisodes météorologiques extrêmes n’en sont malheureusement que les signes les plus visibles.
Il nous appartient donc, à toutes et tous, de construire ensemble l’avenir de ce territoire.

1) C’est pour cela que je suis honorée d’être aujourd’hui avec vous pour ouvrir la présidence française de la SUERA

Car la SUERA, avant d’être une stratégie, est une ambition.
C’est l’ambition de penser que nous sommes plus forts ensemble. Plus forts pour affronter de manière globale, au sein d’un vaste ensemble singulier et cohérent, les grands défis de notre temps, à commencer par le changement climatique. C’est pour cela que nous devons agir ensemble :
- Entre les différents échelons de l’action publique : l’Europe, les Etats et bien sûr les Régions ;
- A travers une coopération renforcée entre tous les territoires, dans leur diversité : villes, vallées et montagnes.

Cette coopération renforcée, cela fait plus de 30 ans que la France l’a mise en place pour répondre aux défis spécifiques des espaces de montagne.
Dès 1985, avec le vote de la première « loi Montagne », nous avons initié une gouvernance impliquant l’ensemble des acteurs de la montagne.
En 2016, la seconde « loi Montagne » a renforcé cette gouvernance partenariale, notamment pour mieux s’impliquer pleinement dans les différents dispositifs de coopération territoriale européenne, à commencer par la SUERA.

Je me plais d’ailleurs à croire que ce n’est pas un hasard si la SUERA est née ici, en France.
En 2013, à Grenoble, lors de notre première réunion ensemble, nous avions manifesté notre volonté de mettre en place un cadre de gouvernance commun pour les Alpes.
Après deux ans d’élaboration, cette belle idée est devenue réalité lors de son adoption par l’ensemble des Etats membres le 27 novembre 2015.

Et si la SUERA est la plus jeune des macro-régions, elle a déjà montré toute sa pertinence grâce à notre mobilisation à toutes et tous.
Elle est, je l’ai dit, le théâtre d’une coopération inédite entre l’ensemble des parties prenantes : Commission européenne, Etat, Régions, autres collectivités impliquées et bien sûr la société civile.
C’est grâce à cela que nous avons pu mettre en place une stratégie de développement durable aussi ambitieuse et coordonnée. C’est grâce à cela que nous allons désormais pour la traduire par des réalisations concrètes.
Je tiens d’ailleurs à remercier l’ensemble de nos prédécesseurs qui se sont succédé à la présidence de cette institution. Avec une pensée un peu particulière pour nos amis italiens, qui nous transmettent ce beau flambeau.

Car ce qui s’affirme à travers la SUERA, c’est tout simplement le laboratoire d’un nouveau mode de développement des territoires de montagne, à travers :
- un cadre innovant de coordination des politiques publiques de secteurs différents ;
- l’alliance de financements publics et privés et de projets ;
- des systèmes de gouvernance conçus autour d’objectifs stratégiques communs.

Car oui, nous avons tant à construire ensemble. Un accès équitable à l’emploi bien sûr, appuyé sur la remarquable compétitivité de la région.

2) Je souhaite surtout que la Présidence française de la SUERA marque une mobilisation sans précédent de notre part à tous - Etats, collectivités et acteurs de la société civile alpine - en faveur de la transition écologique

Je ne rappellerais pas ici l’urgence de ce défi.
Nous le savons tous. Vous, élus locaux, acteurs de terrain, en constatez les conséquences au quotidien au sein de vos territoires.
C’est pour cela que la présidence s’est fixée une ambition, à la fois très simple et très élevée : accélérer la transition écologique de la région alpine.
Pour ce faire, notre feuille de route est claire :
- accélérer et approfondir encore nos actions collectives ;
- permettre aux territoires de mieux anticiper et atténuer les effets dramatiques de ce changement ;
- les accompagner au quotidien dans leur adaptation.

C’est pour relever ce défi que nous avons décidé de mettre en place une gouvernance inédite.
Cette présidence de la SUERA, nous l’assumons avec les trois régions alpines françaises : les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bourgogne-Franche-Comté.
Je tiens d’ailleurs à saluer et à remercier la présidente et les présidents de ces régions, aujourd’hui à mes côtés, pour leur engagement dans cette mobilisation d’ampleur.

Ensemble, nous avons défini six domaines d’actions prioritaires :
- développer un tourisme durable toutes saisons ;
- promouvoir la consommation des produits locaux de montagne, notamment agricoles et sylvicoles en circuit-court ;
- développer les solutions durables de transport et de mobilité ;
- éduquer les jeunes à la montagne et leur permettre de s’impliquer dans le développement durable de la région alpine ;
- accélérer la transition énergétique de la région alpine ;
- préserver la biodiversité alpine et prévenir les risques naturels en lien avec le changement climatique.

Et pour se donner toutes les chances de faire réussir nos régions alpines, chacun de ces six axes sera co-piloté par une région française et un service de l’Etat, à qui j’ai demandé une mobilisation générale. Chacune de ces actions sera évidemment menée en articulation étroite avec les groupes correspondant de la SUERA.

En signe de notre détermination, nous avons également écrit noir sur blanc les ambitions, objectifs et engagements qui seront ceux de la présidence française de la SUERA au sein du Manifeste des États et des Régions impliqués dans la Stratégie de l’union européenne pour la région alpine.
Nous invitons chaleureusement nos partenaires, Etats comme régions, à adopter ce document, fruit de nos riches échanges de ces dernières années.
Ce texte est un engagement entre nous, et peut-être plus encore envers nos concitoyens.
Oui, notre stratégie est mûre, notre feuille de route est prête, et ce Manifeste doit désormais être le socle des actions concrètes que nous allons déployer dès cette année et dans les années à venir.

Ces actions concrètes sont les traductions directes de nos axes d’actions prioritaires. Je n’en citerai ici que quelques-unes :
- développer des infrastructures vertes ;
- accélérer les rénovations de bâtiments existants et construire des bâtiments à énergie positive, pour lesquels nous pouvons mobiliser les ressources locales et renouvelables comme le bois des Alpes et du Jura ;
- faciliter justement l’usage local du bois et la consommation de produits agricoles et alimentaires locaux ;
- développer les mobilités écologiques, avec des véhicules basse ou zéro émission de gaz à effet de serre et de particules fines ;
- investir dans la production d’énergies renouvelables décentralisées ;
- ou encore se mobiliser pour étendre le projet Zero Emission Valley à l’ensemble de la région alpine.

Les régions alpines c’est aussi, je l’ai dit, un patrimoine commun. Un patrimoine naturel et bâti, mais aussi un patrimoine culturel qui nous rattache à des origines communes et nous rend plus fort pour construire l’avenir ensemble. C’est pour cela que nous veillerons également à soutenir les procédures d’inscription par l’Unesco des transhumances pastorales et du patrimoine culinaire alpin au patrimoine immatériel de l’humanité.
Vous le voyez, pour gagner la grande « bataille des transitions » de notre époque, nous mobilisons tous les leviers disponibles. Et nous allons faire plus encore !

Nous allons renforcer les synergies entre la SUERA et la Convention alpine. Cela sera facilité par le fait que cette année – chose exceptionnelle – la France assume la présidence de ces institutions. Tout au long de cette double présidence, nous organiserons plusieurs événements conjoints, notamment l’événement de clôture en décembre prochain à Nice.

Nous sommes également pleinement engagés pour que l’Union européenne mobilise davantage ses fonds en faveur de la SUERA et de l’ensemble des projets que nous portons. Car la SUERA, à l’instar des autres grandes stratégies macrorégionales – est l’un des outils les plus efficaces pour concrétiser le « Pacte vert européen » - le fameux « Green Deal » - affiché comme la priorité absolue de la nouvelle Commission européenne :
- Je pense bien sûr aux fonds de la politique de cohésion, à laquelle je suis particulièrement attachée et qui sont en gestion partagée, notamment avec les Régions ;
- Je pense également aux fonds gérés directement par les directions sectorielles de la Commission européenne et qui doivent aussi pouvoir servir les projets et opérations de mise en œuvre de la SUERA.

Enfin, nous veillerons à réaliser au mieux « l’alliance des territoires » en :
- impliquant encore davantage les autres niveaux de collectivités (départements, métropoles, petites villes et villes moyennes), ainsi que les parlementaires européens et nationaux, les organisations de la société civile et les citoyens et surtout la jeunesse ;
- organisant les événements de la présidence dans chacune des trois régions alpines françaises, pour tirer au mieux parti des indispensables coopérations villes-vallées-montagnes.

C’est une conviction que j’ai, chevillée au corps, nourrie d’une longue vie d’élue locale : les solutions doivent se construire par et avec les acteurs de terrain, élus comme habitants, en partant de leurs demandes et de leurs besoins concrets.

Conclusion :
Vous le voyez, nous avons une belle année de travail devant nous.
Vous pouvez compter sur nous pour y consacrer toute notre énergie.
Nous comptons évidemment sur votre engagement et votre détermination à toutes et tous.
Faisons collectivement en sorte que, dans un an, nous puissions dire : les régions alpines ont pleinement pris le tournant de la transition écologique.
Pour ce faire, je crois qu’il y a également un autre défi que nous devons relever ensemble : convaincre nos concitoyens. A nous de faire mieux connaître ces actions, notamment auprès des jeunes européens.
C’est l’un des principaux enjeux que nous avons voulu mettre en avant dans le Manifeste. Car nous pouvons – nous devons – tous faire en sorte de mieux intégrer les habitants de ces régions pour qu’ils en soient les témoins exigeants, et plus encore qu’ils en soient les premiers acteurs.
Nous n’aurons pas de trop de toutes ces énergies pour relever ces défis.
Je vous remercie.