Discours

Discours de Julien Denormandie lors de la conférence de presse à Marseille

Publié le 22/01/2019

22 janvier 2019

Mesdames et messieurs

Bonjour,

Nous faisons le point ce matin à l’issue de cette nouvelle visite à Marseille, où je suis arrivé hier en début d’après-midi.
C’est ma 3e visite depuis le drame des effondrements de la rue d’Aubagne : j’étais venu le jour même et à la fin du mois de novembre et j’avais pris l’engagement de revenir aussi souvent que nécessaire.

Les services de l’État se sont fortement mobilisés aux côtés des collectivités, dès le début de cette crise. J’ai missionné personnellement le Préfet de Région, que je salue à cette occasion ainsi que ses équipes, afin qu’il fasse un point quotidien sur la situation, qu’il se mobilise pleinement pour contribuer à faire avancer les dossiers et me rapporte tous les sujets et toutes les difficultés, afin que j’intervienne si nécessaire au niveau qui est le mien.

J’étais venu tout d’abord faire le point sur la situation d’urgence.
La situation reste aujourd’hui très préoccupante. Près de 1400 personnes sont encore aujourd’hui dans l’attente de d’une réponse, que ce soit pour réintégrer leur logement ou être relogées ailleurs.
Je pense également aux entreprises qui étaient abritées dans ces immeubles et également aux propriétaires concernés, car la plupart sont certainement de bonne foi. C’est d’abord à toutes ces personnes, à tous les Marseillais meurtris par les événements que nous devons apporter des réponses rapides.
Face à cette situation, le rôle de l’État est de s’assurer que tout soit fait, je dis bien que tout soit fait, pour trouver des solutions adaptées à chacun.
Ce contexte difficile appelle à la mobilisation de tous, chacun dans le respect de ses compétences. Mais ces compétences doivent être également pleinement exercées.
Je pense d’abord à la gestion de l’urgence, qui relève comme vous le savez de la compétence de la municipalité et dont les services et élus sont pleinement mobilisés.
Et dans la période que nous connaissons, l’urgence, c’est que tous ceux qui ont été délogés puissent retrouver un logement.

D’abord en permettant au plus grand nombre de retourner chez eux. C’est pour cela que nous appuyons la collectivité pour la conduite des expertises techniques approfondies qui sont diligentées pour chaque immeuble signalé. Ce sont des processus parfois longs, nous devons tout faire pour les accélérer et apporter ensuite aux personnes concernées la réponse sur la situation de leur immeuble. Environ 180 familles et 400 personnes ont déjà réintégré leur logement. Pour d’autres familles, ces expertises vont conduire à des prises d’arrêtés de péril et à la réalisation de travaux, que je suis avec attention.

Ensuite par l’accompagnement vers un relogement.

Suite à ma visite précédente, l’État a mis en place avec la Mairie de Marseille une mission d’accompagnement des ménages, ce qu’on appelle une MOUS, pour leur trouver des logements susceptibles de les accueillir, de façon pérenne ou pour quelques mois, en relais des services municipaux. Près de 3M€ sont consacrés à cette mission, menée par Soliha Provence que je remercie chaleureusement de son implication.

Cela a permis d’accélérer les relogements : plus de 200 propositions de relogement ont ainsi été faites au cours des dernières semaines, même si les ménages ne les acceptent pas toujours puisqu’environ 80 propositions ont été acceptées à ce stade, pour une soixantaine de ménages relogés, et 60 refusées.
Il nous faut encore amplifier ce mouvement, formuler des propositions plus en phase avec les besoins des sinistrés.

J’ai réuni hier les bailleurs sociaux du département : ils ont pleinement joué le jeu depuis le début de la crise et je veux les en féliciter, ils sont l’honneur de cette mission d’intérêt général que poursuivent les organismes de logement social. Ils ont ainsi bloqué et mis à disposition de la MOUS et donc des sinistrés plus de 300 logements. Même si ces logements ne peuvent pas tous être mobilisés car ils ne répondent pas aux besoins et caractéristiques des familles, je leur ai demandé de poursuivre leur effort, de continuer à mobiliser dans les meilleurs délais leurs circuits de décision car la crise est loin d’être finie.

Mais la mobilisation de tous doit passer aussi par le parc privé car le centre-ville, où se situent l’essentiel des bâtiments concernés, en est essentiellement constitué. Certains propriétaires s’étaient déjà mobilisés au lendemain du drame et avait mis leurs logements vides à la disposition des autorités. Mais il nous faut là aussi amplifier le mouvement.

Je me suis efforcé ces derniers jours de convaincre les 3 foncières qui sont propriétaires d’une partie de la fameuse « rue de la République » de mobiliser leurs logements, qui étaient en cours de commercialisation. Nous avons ainsi commencé à y installer des ménages que nous visitions hier après-midi. Et c’est au total déjà 75 logements que nous allons mobiliser à très court terme auprès de Primonial et Covivio pour réaliser des relogements temporaires ou pérennes, en attendant plusieurs dizaines d’autres dans les prochains mois, qui sont actuellement l’objet de travaux. Merci à eux de ces efforts et restons mobilisés sur cet objectif, nous aurons sans nul doute besoins de ces appartements de grande qualité.

Il nous faudra aller au-delà et nous devons, aux côtés des collectivités, poursuivre le travail avec les représentants des propriétaires individuels privés, les agences immobilières et tous ceux qui peuvent contribuer à faciliter le relogement des sinistrés qui ne pourront réintégrer à court terme leur appartement. J’en appelle ainsi à tous les propriétaires qui disposent d’un logement vide ou qui va se libérer dans le centre-ville, qu’ils se fassent connaître auprès de nos services pour que nous puissions voir s’ils répondent aux besoins d’une famille.

Je suis venu aussi, car je veux dire aux Marseillaises et aux Marseillais que je suis à leurs côtés. Je m’étais engagé à revenir régulièrement.
J’ai ainsi échangé avec les associations qui représentent tous les sinistrés. Nous maintenons un cadre d’écoute et de travail mutuels et avons pu démontrer que nous avions pu obtenir un certain nombre de résultats par rapport à nos précédents échanges. Ces discussions ont été très constructives, et viennent utilement compléter les points hebdomadaires qui sont organisés à ma demande par la Préfète Mme ASSIDON.

Toutes les associations mettent en avant la nécessité de renforcer l’accompagnement. J’ai ainsi pu leur annoncer que nous finalisions, sous l’égide de la Ville, la mobilisation de l’association France Horizon, qui prendra le relais des équipes sur le site de Beauvau à compter du 1er février avec une montée en charge progressive dans les semaines suivantes. L’État soutiendra exceptionnellement la Ville de Marseille, comme la Métropole et le Conseil départemental, pour financer cet Espace d’Accueil des Personnes Évacuées, leur apporter tout le soutien nécessaire et faire le lien avec les services compétents si nécessaire.

J’ai également pu rencontrer des assureurs pour évoquer la situation rencontrée par de nombreuses familles et entreprises. Je leur ai demandé de faciliter et d’accélérer les contacts et les indemnisations, et lorsque les procédures prennent du temps d’apporter un premier soutien matériel aux sinistrés, dans l’attente de la détermination des diverses responsabilités.

Ma détermination, vous l’avez compris, est totale. Je veux m’assurer que tous les moyens sont déployés. C’est pour cela qu’une réunion quotidienne se tient depuis début décembre à ma demande entre les services de la préfecture et les collectivités. C’est pour cela que j’ai eu une nouvelle réunion de travail avec M. le Maire Jean-Claude GAUDIN et Mme la présidence Martine VASSAL. Lors de cette réunion, nous sommes convenus des mesures d’accompagnement évoquées, de la poursuite de l’audit technique dans les prochaines semaines, mais aussi de la préparation sur les actions de moyen terme que je voudrais maintenant détailler.

Il nous faut aussi, dès à présent, préparer l’après et enclencher une dynamique partenariale de long terme avec l’ensemble des acteurs du territoire à nos côtés pour que demain, la situation que nous connaissons ne puisse plus se reproduire et que sur l’ensemble du grand centre-ville de Marseille, tous les îlots à requalifier le soient durablement.

C’est une dynamique d’aménagement d’ensemble de ces îlots qui est nécessaire. Elle doit allier le logement bien entendu, mais aussi les commerces, l’aménagement des abords des bâtiments et les équipements publics et accompagner les populations concernées.

La première chose à faire, et nous nous y étions engagés en novembre, est de disposer d’une vision d’ensemble des îlots et des bâtiments dégradés à requalifier, qui ne sont pas uniquement concentrés aux abords de la rue d’Aubagne.

Je le disais, j’ai proposé hier à Jean-Claude GAUDIN et Martine VASSAL de poursuivre ce travail et que, dès que nous aurons finalisé les expertises sur les quelques 1300 immeubles déjà signalés, nous lancions prochainement, en lien avec les collectivités, une seconde phase d’étude visant à cartographier précisément les îlots à enjeux et identifier d’éventuels autres situations de bâtiments dégradés.

Ce sont ensuite des actions immédiates de traitement de l’habitat dégradé, qui seront lancées début février, lorsque la ville en aura délibéré. Nous signerons en effet une convention avec l’Agence Nationale de l’Habitat, l’ANAH, dont je salue la directrice ici présente, qui permettra notamment de financer 100 % des travaux d’urgence de réhabilitation d’une centaine de bâtiments prioritaires dans les 3 ans qui viennent. Ces moyens financiers, c’est dès cette année : enrayer la dégradation du centre-ville, conforter un certain nombre de bâtiments, permettre à leurs habitants de rester chez eux et en reloger d’autres. Elle permettra aussi de lancer des études approfondies pour définir les quartiers prioritaires qui pourront bénéficier de cette aide à plus long terme.

De même, l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine, l’ANRU, est mobilisée pour accompagner les collectivités dans les projets qu’elles développent à l’échelle des quartiers prioritaires de Marseille, dont le centre-ville. J’ai demandé aux élus que ces projets soient définis au plus tard d’ici la fin de l’année 2019 et nous fixerons avec Olivier Klein, le président de l’ANRU, un point d’étape dès l’été sur cette programmation. J’échange régulièrement avec le Président et le Directeur Général de l’ANRU sur ces dossiers. Nous devons néanmoins, sans attendre, lancer les actions qui peuvent démarrer. L’ANRU tiendra donc dès le 6 février un comité d’engagement qui permettra d’examiner les sollicitations d’opérations anticipées qui ont été présentées cette semaine par la ville et la Métropole. Mes échanges avec l’ANRU sont très positifs et ce sont près de 50 Millions d’€ qui devraient pouvoir être d’ores et déjà alloués. Ils s’ajouteront aux 240 M€ que j’avais annoncés précédemment et financeront notamment des opérations qui sont prêtes à démarrer sur les grandes copropriétés dégradées de Kallisté et de Corot, ou par exemple, sur l’aménagement de deux centres sociaux du centre-ville du quartier de Noailles.

Vous le comprenez, nous mettons en place de multiples initiatives pour répondre au besoin de requalification en profondeur du grand centre-ville et il va falloir inscrire ces efforts dans la durée.

J’y veillerai personnellement, au cours de mes contacts très réguliers avec les services M. Le Préfet et de mes déplacements ici à Marseille, où je participerai à différents Comités de suivi, comme c’était le cas pour la deuxième fois ce matin.

Je souhaite que, dès le printemps, nous disposions d’une vision d’ensemble des études conduites et qu’une proposition de programme d’action structuré puisse nous être soumis, afin qu’avec la ville de Marseille et la métropole d’Aix-Marseille, nous soyons en capacité d’arrêter notre stratégie d’intervention – ce sera un Programme Partenarial d’Aménagement, PPA, un outil que nous avons créé avec la loi ELAN en fin d’année dernière, et de mettre en place les outils pour y parvenir, je pense notamment à une société d’aménagement commune dont nous avons défini ensemble les contours.

Et sans attendre, j’ai aussi demandé aux collectivités et à l’Établissement Public Foncier d’État d’accélérer le traitement opérationnel sur de nombreux bâtiments dégradés, quand nous pouvons intervenir dès aujourd’hui.
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En conclusion, je souhaiterais redire que l’ampleur de la situation qui s’est révélée ici à Marseille nécessite un immense travail collectif, chacun pour ce qui le concerne, les collectivités d’abord, l’État, mais aussi les propriétaires publics et privés, les associations, les citoyens... Je sais pouvoir compter sur la mobilisation de chacun.

Nous ne relâcherons pas nos efforts, que ce soit pour le suivi de l’urgence et pour trouver des solutions aux centaines de ménages, qui attendent de regagner leur logement ou un relogement définitif, ou pour les entreprises et les salariés qui ont vu leur activité suspendue depuis le 5 novembre ; ou que ce soit pour mener une politique de rénovation du centre-ville de Marseille, pour laquelle nous engageons des moyens financiers sans précédent. Il nous faudra être collectivement au rendez-vous et, pour ce qui est de l’État, je voudrais une nouvelle fois assurer toutes les Marseillaises et tous les Marseillais de ma totale détermination dans la conduite de ce dossier.

Merci pour votre attention.