Discours

Discours de Mme Jacqueline Gourault - 120 ans de la Chambre des métiers d’Alsace, le vendredi 31 janvier 2020

Publié le 31/01/2020

Monsieur le Président, cher Bernard Stalter,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Madame la Maire, Chère Danielle Dambach,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais d’abord, cher Bernard, souhaiter à la Chambre des Métiers d’Alsace un très joyeux anniversaire.

J’aime venir ici, en Alsace. J’ai d’ailleurs eu souvent l’occasion de venir durant ces derniers mois, cela ne vous aura sans doute pas échappé.

J’aime venir ici car vous êtes un territoire vivant et profondément tourné vers l’avenir.

Cette vitalité, les artisans en sont au cœur. Vous faîtes vivre chaque jour une longue tradition d’excellence et de savoir-faire de la région rhénane. Vous incarnez le dynamisme économique et les liens du quotidien, mais aussi les valeurs d’accompagnement et de transmission.

Depuis longtemps, vous avez su en effet vous organiser pour faire vivre cette tradition. Car si vous avez atteint l’âge vénérable de 120 ans, ce qui me frappe moi, c’est votre modernité :
- Vous le rappeliez : vous avez donné naissance, en France et en Europe, à la première CMA. Vous avez même créé le terme « d’artisanat » ! ;
- Depuis vous avez su, à chaque étape, vous moderniser, au point de faire collectivement de l’artisanat  « la première entreprise de France ».

Vous êtes, et votre devise le dit bien, à l’image de votre région : dépositaires d’une longue tradition, qui est une source permanente d’invention de l’avenir.

Car une partie de l’avenir de nos territoires s’invente ici, en Alsace :
- En tissant des liens pendant des siècles avec nos voisins allemands, vous avez été l’un des plus puissants berceaux de la création européenne. Il y a 20 ans, pour votre centenaire, vous aviez d’ailleurs choisi d’installer vos locaux au cœur de l’ « Espace européen de l’Entreprise ». Des locaux inaugurés en leur temps par le Président Jacques Chirac, dont je veux saluer la mémoire ;
- Ces derniers mois, je crois que nous avons été collectivement à la hauteur de cette tradition d’innovation – cela ressemble à un oxymore, et pourtant c’est ici une réalité - qui fait de l’Alsace un territoire à part, presque un « laboratoire » pour notre pays.
 
1) Je veux bien sûr parler de « Collectivité Européenne d’Alsace », qui verra officiellement le jour au 1er janvier 2021

Vous savez, cher président, à quel point je me suis personnellement investie dans cette création.

Car la Collectivité Européenne d’Alsace incarne une conviction que je porte avec passion à la tête du Ministère de la Cohésion des Territoires :
- Nous devons prendre en compte les spécificités de chaque territoire pour être en mesure d’apporter des réponses adaptées en fonction des besoins réels ;
- Pour ce faire, nous devons construire les réponses avec les représentants des territoires, dans le dialogue et l’intelligence collective.

C’est ainsi que nous avons senti un très fort « désir d’Alsace » chez vous, ainsi que chez les élus et les habitants.

Et je peux dire que je suis fière de ce que nous avons accompli. Car cette nouvelle Collectivité Européenne d’Alsace – la CEA – va être pour région et pour vous un formidable outil de dynamisme, au plus près de vos réalités et de vos besoins.

Cette collectivité va en effet pouvoir exercer des compétences spécifiques et particulières sur des sujets qui vous concernent au premier chef, à commencer par le renforcement de l’attractivité de votre territoire :
- L’expérimentation transfrontalière, puisque votre territoire pourra désormais organiser un schéma alsacien de coopération transfrontalière avec l’Allemagne et la Suisse, ce qui est une réalité quotidienne pour vous ;
- L’accompagnement et l’accélération des initiatives locales, fondées sur la confiance et la souplesse ;
- La gestion de la promotion du territoire, de la coordination de la politique touristique et du développement de la marque « Alsace » ;
- mais aussi la formation professionnelle, pour laquelle vous êtes tellement engagés.

De la même manière, nous avons entendu vos revendications et nous sommes adaptés à vos spécificités pour vous permettre d’être le plus efficaces et productifs :
- vous ne fusionnerez pas comme toutes les CMA au 1er janvier 2021, mais allez mettre en place une modalité contractuelle spécifique avec la région Grand Est ;
- vous pourrez ainsi travailler pleinement en bonne intelligence avec les EPCI et la Région.

Au fond, la naissance de cette collectivité illustre, voire préfigure, le principe de différenciation que je porte actuellement dans le projet de loi « 3D » et que je présenterai au premier semestre.

Cette loi, je vous le garantis, ne sera pas un nouveau « big bang territorial ».

Car je suis convaincue que la décentralisation est là avant tout pour apporter un nouveau souffle à la démocratie et aux projets locaux, en s’adaptant intelligemment aux spécificités et aux besoins de chaque territoire. 

Pour notre pays, construit depuis plus de deux siècles sur l’uniformisation de l’organisation territoriale, c’est tout simplement une nouvelle ère qui s’ouvre.

C’est ainsi que, région après région, nous :
- identifions progressivement les besoins des acteurs locaux en termes de compétences et de dispositifs ;
- pourrons ensuite réfléchir à une nouvelle organisation de l’action publique, adaptée à chaque région.

Car, en matière de développement économique, de mobilités et évidemment de transition écologique, la réponse ne sera évidemment pas la même en fonction des régions.

Si nous voulons que les Français, les entreprises, les artisans aient confiance dans la vie publique, il faut que nous leur fassions confiance.

2) Cette confiance est là entre nous, car nous partageons le même objectif : dynamiser tous les territoires, notamment les plus fragiles

Toute mon action au Ministère est tendue vers un objectif : permettre à l’ensemble des territoires de développer pleinement leur potentiel.

Vous, les artisans, êtes des acteurs essentiels de la cohésion des territoires. Le tissu artisanal, au fond, est la manifestation la plus concrète de la vitalité des villes et villages :
- Vous créez de  la richesse et de l’emploi ;
- Vous dynamisez les territoires, du plus petit village jusqu’aux grandes métropoles ;
- Vous incarnez pour nos concitoyens les services de proximité, ce lien social si indispensable dans leur quotidien ;
- Vous avez, je l’ai dit, cet optimisme de l’initiative et de l’innovation.

Et pour cause, la « première entreprise de France » se porte bien. Les chiffres en témoignent :
- 1.300.000 millions d’entreprises ;
- Trois millions d’artisans actifs dans plus de 250 métiers ;
- Près de 10% du PIB est généré par votre secteur.

Mais l’artisanat, c’est bien plus que des chiffres. Ce sont des métiers de sens, qui offrent d’importantes perspectives d’emploi et d’épanouissement personnel. Le dynamisme de l’apprentissage en témoigne : vous êtes tout simplement le premier secteur de formation aux métiers !

Ce dynamisme est un atout considérable pour nos territoires. Depuis un an, nous travaillons d’ailleurs main dans la main pour concevoir le programme « Petites Villes de demain ».

A Uzès, en septembre dernier, vous avez été parmi les signataires de la lettre d’engagement en faveur des « petites villes de demain ».

Vous nous avez accompagnés pour imaginer ce programme, et vous allez continuer lors de sa mise en œuvre après les échéances municipales de mars prochain en :
- Assurant la mobilisation de votre réseau auprès des collectivités et des acteurs économiques pour conforter la place de l’artisanat dans nos petites villes ;
- Veillant à enrichir progressivement les ressources mises à leur disposition pour que chacun apprenne des bonnes pratiques des autres, à l’image de ce que vous pratiquez déjà à la CMA.

Par cette mobilisation exceptionnelle, nous allons pouvoir apporter prochainement une réponse concrète aux préoccupations régulièrement exprimées par nos concitoyens ces derniers mois pour :
- Revitaliser les commerces ;
- Rénover les espaces publics, mettre en valeur le patrimoine et diversifier l’offre de logements,
- Développer de nouveaux services.

Cette mobilisation sans précédent en faveur de la redynamisation des territoires les plus fragiles s’incarne également dans deux autres programmes :

Action Cœur de Ville :

En 2018, nous avons lancé le programme « Action Cœur de Ville » à destination des « villes moyennes ». En Alsace, cinq communes se sont déjà inscrites dans cette mobilisation globale, qui intègre pleinement les commerces de proximité.

Je voulais vous dire un mot du remarquable dynamisme de ce programme à l’échelle nationale, qui sera j’en suis sûr également couronné de succès dans votre région :
- Une réussite financière : nous sommes parvenus à mobiliser plus d’un milliard d’euros ;
- L’enthousiasme des villes : dès décembre 2018, 222 conventions-cadres avaient été signées pour concevoir des nouveaux projets de centre-ville, et d’autres villes ont depuis témoigné de leur intérêt ;

Le partage d’expériences : le programme a été enrichi de nouveaux partenariats : avec le CNAM, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, mais aussi la SIAGI (société de caution mutuelle pour les petites entreprises) qui est votre outil et qui s’engage à garantir 1000 demandes de prêts dans les cœurs de ville pour faciliter l’installation ou le maintien d’activités dans les centres des 222 villes du programme.
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- Surtout, la dynamique des projets engagés : les résultats sont impressionnants : 400 ORT ont été engagées, 20.000 logements rénovés et réhabilités !

L’agenda rural :

Cet engagement en faveur des territoires les plus fragiles s’exprime également à travers la mise en place de « l’Agenda rural ».

Nous allons déployer 181 mesures d’ici la fin du quinquennat, dont dès cette année :
- le soutien aux petits commerces et aux cafés
- les structures France Services : 460 ont déjà été déployées, et il y en aura une dans chaque canton d’ici 2022.

Pour déployer ces programmes d’accompagnement ambitieux, nous avons créé en décembre l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires.
Elle :
- constituera un appui précieux pour accompagner, en ingénierie, les territoires et les services de l’Etat dans la période de mutation profonde que nous connaissons ;
- vous accompagnera au quotidien pour mettre en œuvre ces programmes d’appui.

Conclusion :
Mesdames et Messieurs,
Vous le voyez, nous allons encore faire beaucoup de choses ensemble dans les mois et les années à venir.
Je m’en réjouis, car je sais à quel point les artisans sont à la fois les ambassadeurs de l’excellence et de la création, en France et dans le monde, et des acteurs du quotidien de nos territoires.
Cette « intelligence de la main », que vous incarnez au plus haut point, est en effet une composante essentielle de « l’art d’être Français » qu’évoque souvent le Président de la République.
Je compte sur vous pour continuer de le faire vivre, ici en Alsace, et à être – comme vous l’êtes depuis 120 ans – des inventeurs d’avenir.
Vous pourrez toujours compter sur mon engagement à vos côtés.
Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi