Discours

Discours de Nadia Hai - Cérémonie Filme l’Avenir et clôture Festival Cinébanlieue

Publié le 23/11/2021

Seul le prononcé fait foi

Très chère Aurélie CARDIN, directrice du festival Cinebanlieue

Cher Jamel Debouzze, Président de l’association des amis du Comedy Club ;

Cher Reda KATEB, parrain du Festival Cinebanlieue, président d’honneur de l’association extra-Muros

Cher Mounir MAHDJOUBI, Monsieur le ministre

Cher Karim BOUAMRANE, Monsieur le vice-président en charge de la culture au département de la Seine Saint Denis,

Cher Stéphane SITBON-GOMEZ,

Chers membres du jury engagés et impliqués dans la réussite des jeunes,

Chers partenaires,

Chères jeunes réalisatrices et chers jeunes réalisateurs,

 

Il y a presqu’un an, jour pour jour, j’ai eu le grand honneur de rencontrer en visio une dizaine de jeunes réalisateurs qui avaient participé au concours « Filme l’Avenir ».

En pleine crise sanitaire et dans l’impossibilité d’organiser de cérémonie, comme celle qui nous réunit ce soir, j’avais alors proposé à Mme CARDIN de créer un moment d’échanges et de partage avec Kahina, Feriel, Clara, Harris, Hamid, Houssine, Toufik, Clément, Seid et surtout de célébrer et de valoriser le travail de qualité de ces jeunes, leur professionnalisme et leur créativité.

Evidemment, je n’ai pas été déçue ! J’ai surtout été fière d’assister à vos premiers pas de réalisatrices et réalisateurs et de découvrir des artistes engagés, déterminés et prêts à réussir dans leurs vies et dans la voies artistiques pour certaines et certains.

Santé, rapports filles-garçons, esprit critique, confiance en soi, solidarité … Les thèmes abordés dans vos courts-métrages illustraient parfaitement la commande passée par « Les ami-e-s du Comedy Club » : Donner sa vision du monde de demain et montrer qu’un autre monde –celui de la solidarité- est possible en 90 secondes.

J’ai encore de nombreuses images dans la tête avec les courts-métrages « La rumeur » ou « Maskey » qui sont pour moi de puissants témoignages sur les travers de l’époque actuelle mais aussi sur ce qui est bon en l’HOMME, en la jeunesse, en la jeunesse de nos quartiers. C’est d’ailleurs la seule manière dont j’envisage les jeunes de nos territoires : Une jeunesse généreuse, intelligente, déterminée et engagée.

Car « Filme l’Avenir », c’est avant tout cela : une ode à la puissance de la jeunesse, à sa créativité, sa force, sa capacité à se réinventer, à enchanter le monde, à EXISTER quelles que soient les conditions dès l’instant que les adultes croient en elle et  lui donne les moyens de ses réalisations.

Et donc « Filme l’Avenir » c’est aussi ça : une équipe de professionnels (militants oserai-je dire !) issus des quartiers (d’ailleurs je crois savoir qu’on y trouve quelques trappistes comme moi !) et déterminés à accompagner la réussite des jeunes dans les voies d’excellence artistique.

Une équipe de professionnels pilotés par Djamel, Aurélie, Diaby et d’autres, qui au cœur de la crise, a eu l’audace de penser qu’il était possible d’aider la jeunesse des qpv à transcender le confinement et son contexte social dégradé en l’accompagnant dans l’écriture et la réalisation de courts-métrages sur le thème de la solidarité.

Aux jeunes réalisatrices et réalisateurs, à Aurélie, Djamel, Diaby et les équipes de l’association, aux associations de toute la France engagées dans l’aventure auprès des jeunes, la ministre de la ville que je suis et la jeune fille de Trappes que je reste vous disent MERCI.

En effet, depuis ma nomination dans l’entre-deux crises sanitaires, je n’ai eu de cesse de le dire : la culture pour personne mais encore moins pour les habitants des QPV ne doit être sacrifiée sur l’autel de la crise. En aucun cas.

C’est pourquoi, j’ai fait en sorte de soutenir toutes les initiatives culturelles, petites ou grandes, locales ou nationales, qui offraient à nos territoires la possibilité de maintenir le lien social, d’éveiller et renforcer l’esprit critique, d’encourager les nouvelles formes de création et évidemment de penser l’Avenir.

Merci donc du fond du cœur d’avoir fait vivre la culture dans nos quartiers en créant des passerelles entre les territoires (du Rhône à l’Outre-mer) et en liant acteurs locaux et nationaux.

Mais finalement cette manière de faire vivre la culture dans nos territoires, de rendre les jeunes et habitants acteurs et producteurs de la création artistique, de changer le regard des habitants des qpv et d’un pays sur les quartiers n’est pas nouvelle.

Ce n’est pas un hasard si les premiers films-phares consacrés à la banlieue datent des années 80, au moment même où la société française commençait à prendre conscience de la situation et de la vie, ignorées jusqu’alors, d’une partie de ses concitoyens.

Les succès de films comme le « Thé au harem d’Archimède » de Medhi Charef ou « De bruit et de fureur » de Jean-Claude Brisseau coïncident avec les premières grandes actions citoyennes des habitants des quartiers comme la marche pour l’Egalité et contre le racisme, partie des Minguettes à Lyon.

Il est difficile de dire si le cinéma a été la conséquence ou le moteur de cette évolution du regard de la société sur les quartiers. Mais une chose est sûre, votre métier et votre art sont des outils puissants au service de la reconnaissance de ce que vous êtes, de ce que nous sommes.

Désormais, l’avenir de ce cinéma est entre vos mains et ce pouvoir de modifier la perception qu’a la société française de ses quartiers, si elle reste extraordinaire pour bon nombre d’observateurs, votre marque de fabrique et c’est d’ailleurs celle du Festival CinéBanlieue.

Depuis 16 ans maintenant, le Festival CinéBanlieue, que j’ai l’honneur de soutenir avec mon ministère, est une fantastique vitrine des talents du cinéma en banlieue mais est surtout un puissant plaidoyer pour la valorisation des quartiers dits populaires.

Ce Festival, devenu incontournable, n’est pas seulement un événement qui parle de la banlieue et la rend plus belle, plus fréquentable ou plus sympathique.

Non, c’est le Festival qui dit ce que la France est : diverse, métisse, intelligente, talentueuse, déterminée, audacieuse…mais surtout fière de ce qu’elle est et unie.

L’excellente programmation de cette 16ème édition est d’ailleurs la parfaite illustration de ce message.

Du Biopic sur NTM « Les suprêmes » d’Audrey ESTURGOT en passant par « le cœur vide » d’Emmanuel MAYEMBA ou encore « Les promesses » de Thomas KRUITHOF (dont l’histoire ne me laisse pas insensible évidemment), c’est une série de portraits de France qui nous sont offerts et c’est notre roman national entier qui défile et s’actualise sous nos yeux.

Les prix Darling Légitimus et le prix Djemel BAREK en sont la preuve : une femme et un homme dont les parcours inspirants viennent parler des origines de notre roman commun et des nouvelles pages que notre jeunesse a à écrire.

Chère Euzhan PALCY, je ne peux pas parler du magnifique prix  « Darling Légitimus » que vous allez remettre sans vous témoigner l’admiration que j’ai, que nous avons toutes et tous ici réunis et dans le monde entier, pour votre parcours inspirant, hors du commun, teinté de détermination et de la rage de celles et ceux qui sont engagés pour le bien commun, pour la lutte contre les inégalités et les injustices sociales. A jamais, « Rue Case-Nègres » et « Une saison blanche et sèche » resteront deux films coups de poings, lesquels, quels que soient l’époque de visionnage, nous rappellent les combats menés ou qui restent à mener pour lutter contre la misère sociale et les discriminations.

A vous chère Euzhan PALCY et aux membres des jurys de cette soirée, je veux vous dire ma gratitude et ma reconnaissance de jeune fille de Trappes mais aussi de femme politique, pour votre action de rôle modèle pour les jeunes des qpv mais plus largement pour les jeunes français et françaises qui ont besoin de voir que la réussite et l’épanouissement personnel et professionnel peuvent s’exprimer de différentes manières : prendre des chemins de traverse, sortir des sentiers battus, suivre la voie classique, être autodidacte.

Pour ma part, debout, ici sur cette scène devant vous, je ne vais pas jouer l’artiste (même si moi aussi à Trappes j’ai fait de l’impro aussi cher Djamel ! alors je suis devenue ministre, mais j’aurais pu devenir artiste aussi !) mais je voulais simplement conclure mes propos en évoquant les « Misérables » de Ladj Ly… Avec un extrait qui n’est pas forcément à l’image du film puisque c’est une citation optimiste. Mais elle correspond bien à l’esprit dans lequel je souhaite que nous travaillons ensemble – vous les artistes et moi et le ministère de la Ville - : « J'en appelle à votre esprit d'équipe : la cohésion. Sans cohésion, pas d'équipe et sans équipe, on est seul. »

Bravo à toutes et tous jeunes réalisateurs, professionnels du cinéma, associations, activistes de la culture pour cette édition 2021 post-crise, inédite, qui révèle des talents de la nouvelle scène artistique et culturelle française.

Belle soirée à toutes et tous.