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Les Cités d’or : "Quand on a un horizon, on sait quel but on poursuit"

Publié le 23/01/2019

Les Cités d’or : "Quand on a un horizon, on sait quel but on poursuit"

Crédits : © Les Cités d'or

Deux frères, un projet : les Cités d’or. Le premier, Karim Mahmoud-Vintam, a eu un parcours académique brillant. Le second, Sandy, est sorti du système scolaire assez tôt. Forts de leurs différences, ils ont ouvert ensemble un espace pour les jeunes sans repères afin que ces derniers deviennent pleinement acteurs de leur vie et de la société. Éclairage sur cette association soutenue par le ministère depuis 2016.

A la recherche d’un horizon : les écoles buissonnières

« Notre système scolaire implique que très tôt dans l’existence, il y a deux jeunesses qui se font face : ceux qui croient que le monde leur appartient et ceux qui au contraire pensent qu’il n’y a plus d’espoir », nous interpelle Karim Mahmoud-Vintam, co-fondateur de l’association les Cités d’or. En 2007, l’association les Cités d’Or est née d’une conviction : chacun peut devenir quel que soit son parcours, pleinement acteur de sa vie et de la société. Pour donner corps à ce projet, la fratrie met en place différents ateliers tels que les écoles buissonnières : pour chaque session, 14 jeunes de 18 à 25 ans, démunis en tant qu’individu et désarmés en tant que citoyens sont accompagnés durant six mois afin de prendre confiance en eux et de se projeter positivement dans l’avenir.

 

« L’individu a besoin d’avoir le sentiment de contribuer à la société, sans quoi il ne peut y avoir de participation sociale ou politique. Les jeunes que nous accompagnons manquent d’un horizon où se projeter. Ils leur manquent du sens et de l’estime de soi. »
Karim Mahmoud Vintam
Karim Mahmoud Vintam

Crédits : MCT

 

Pour répondre à cette quête d’horizon, l’association les Cités d’or part des fondamentaux humains et civiques. Il s’agit d’un travail à dimension individuelle, qui va aboutir à la construction d’un projet de vie. Ce travail est mené par des répondants ; des adultes formés gratuitement à devenir des compagnons de sens.

 

« Les dispositifs classiques ont tendances à cliver la personne dans des catégories : vie privée, vie professionnelle et vie civique. Nous, aux Cités d’or, on pense qu’on ne peut pas cloisonner les choses ainsi et que la personne a besoin de se construire dans tous ces objectifs de vie »
Fondateur de l'association

 

Une seconde dimension des écoles buissonnières, repose sur un accompagnement collectif et pédagogique. Elle est axée sur cinq compétences humaines fondamentales : exprimer une pensée libre et l’argumenter, se connaître et s’accepter, tisser des liens, comprendre le fonctionnement de l’espace social et enfin savoir s’informer. Pour cette dernière compétence, les jeunes sont amenés à devenir des « décodeurs ». Ils vont traiter un sujet pour en faire un mini-documentaire, par exemple, pour leur permettre d’aiguiser leur approche des médias.

 

Les Cités d’or  2

Crédits : DR

 

Des rencontres marqnantes : les auditions publiques

Un moment clé pour les stagiaires de l’école buissonnière prend la forme d’un projet collectif : les auditions publiques. Ensemble, ils choisissent une personnalité dont le parcours les questionne. Devant un public de 200 à 300 personnes, les jeunes sont amenés à animer un débat et à échanger avec cette personnalité. « Aux auditions publiques, nous avons accueilli Christiane Taubira, Lilian Thuram, Michel Ocelot, Anne Nivat… Chacune de ces personnalités est devenu actrice de sa vie ; pour ces jeunes, c’est un miroir qu’on leur tend », renseigne Karim Mahmoud Vintam.

 

Les Cités d’or 3

Crédits : DR

 

Un tremplin d’inclusion socio-professionnelle

Depuis la création de l’association, 1500 jeunes ont été accueillis. À l’issue des parcours d’accompagnement, un quart des jeunes ont repris leurs études et 60 % d’entre eux ont trouvé un emploi. Quant aux autres, ils auront renouvelé une relation pacifique dans leur environnement et intégré un autre rapport à l’autre, à la vérité, à l’information. En février, deux nouvelles promotions vont être accueillies à Lyon et Vaulx-en-Velin.

« On a de beaux exemples de réussite. Certains jeunes ont monté leur boîte, d’autres se sont engagés dans une MJC (maison des jeunes et de la culture) ou ont créé une association dans leur quartier. Ce qu’on observe, c’est que le programme, même si ce n’est pas son but premier, est un tremplin d’inclusion socio-professionnelle. Il faut relier ce constat à la question du sens : quand on a un horizon, on sait quel but on poursuit. », se réjouit Karim Mahmoud Vintam.

 

Prix de la démocratie

Quand on lui demande de quoi il est le plus fier, l’homme répond humblement : « C’est d’essayer de contribuer à donner du sens au mot réconciliation, dans une société aujourd’hui de plus en plus fracturée. Il faut reprendre conscience du fait que soit on s’en sortira tous ensemble, soit on coulera tous ensemble ». Le 15 novembre 2018, la structure les Cités d’or s’est vue décerner au Sénat, le Prix de la démocratie de l’institut Marc Sangnier. Cet institut récompense les initiatives impliquant les citoyens dans la vie publique et la vie démocratique.

 

La démocratie est « une organisation politique et sociale qui tend à développer au maximum la conscience et la responsabilité de chacun, dans la mesure de ses capacités et de ses forces, en lui permettant de prendre une part effective à la direction des affaires communes. »
Marc Sangnier
Militant républicain du début du siècle