Discours

Discours de Jacqueline Gourault - Ouverture du colloque « Métropoles résilientes »

Publié le 21/01/2021

Discours de Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales lors de l'ouverture du colloque « Métropoles résilientes »

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le président de l’Assemblée Nationale,
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents,
Mesdames et Messieurs les maires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens d’abord à formuler, à toutes celles et ceux auprès de qui je n’ai pas encore eu l’occasion de le faire, mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.
Je veux également vous dire tout le plaisir que j’ai à inaugurer ce grand colloque consacré aux « Métropoles résilientes », et formuler mes plus chaleureux remerciements :

-    A vous d’abord, monsieur le Président, cher Richard, avec qui j’ai souvent eu l’occasion d’évoquer les sujets territoriaux, et qui nous ouvrez aujourd’hui les portes de l’Assemblée Nationale pour échanger sur ce sujet si important pour l’avenir de notre pays et de nos concitoyens ;

-    A vous également, madame la Députée, chère Sandra Marsaud, ainsi qu’au Plan urbanisme construction et architecture (PUCA ), pour l’organisation de cet événement. Cette démarche, et la qualité autant que la diversité de vos intervenants en témoigne, souligne l’importance de ces liens entre Etat, parlementaires, élus locaux, société civile et scientifiques, pour comprendre les dynamiques de nos territoires, et nous donner les moyens d’impulser les transitions nécessaires.

Ce colloque est une très belle manière d’ouvrir un nouvel horizon de réflexion et d’action sur les métropoles, et plus largement les interactions et les complémentarités entre les métropoles et les territoires qui les entourent.

La décennie 2010 aura été, pour le meilleur comme pour le pire, celle d’une relation passionnée, excessive même, avec le fait métropolitain. Elle aura donné toute sa force à l’aphorisme de Pascal selon lequel « trop de distance et trop de proximité empêche la vue ».

En un peu plus de 10 ans, les métropoles, moteurs de croissance et de compétitivité, ont vu leur existence et leur importance affirmées par une série de lois – Grand Paris en 2010, MAPTAM en 2014 et plus encore NOTRe en 2015 -, une évolution destinée à toujours mieux les insérer dans la compétition économique mondiale.

Puis la décennie s’est achevée dans un climat de dénonciation des métropoles parfois violent, dans le contexte d’une crise sanitaire inédite. Combien de commentaires sur le caractère invivable – voire « barbare » ! – des métropoles, dont aurait témoigné la « fuite » massive de ses habitants durant le confinement ? Combien d’articles consacrés à la « revanche des territoires » - comme si la France était en situation de « guerre froide territoriale » - faisant désormais du localisme la solution à tous les problèmes ?

Ces dernières années, peu de sujets ont suscité autant de caricatures et de récupérations idéologiques et politiques. Elles se sont traduites par des oppositions binaires  et irréconciliables, comme autant d’ « idéologies sinistres de la séparation, où chacun est assigné à une identité définie par essence », pour reprendre les termes employés par l’historien Patrick Boucheron, qui conclura ce colloque :

-    Les « métropoles gagnantes » et les « périphéries perdantes » ;
-    Le « mondialisme béat » et un « localisme défensif », parfois non exempt d’arrières pensées politiques peu glorieuses.

Je pense qu’il est temps de revenir à des échanges apaisés, nourris par les contributions des meilleurs chercheurs sur ce sujet : la journée d’aujourd’hui en est l’occasion.

-    Car, si les métropoles ne sont pas l’« horizon indépassable de notre époque », elles sont avant tout le maillon – certes majeur – d’une chaîne territoriale beaucoup plus large, qui tissent des milliers de liens de complémentarités entre les territoires – ce que France Urbaine nomme à juste titre « l’alliance des territoires » - qui solidarisent déjà notre pays ;
-    A l’heure du déploiement du Plan de relance, dont les deux piliers sont la transition écologique et la résilience, une large part de l’avenir de notre pays se joue dans la capacité des métropoles à organiser ces échanges, et à accélérer partout les grandes transitions écologiques, économiques, sociales et numériques.

Aussi, en introduction de vos travaux, je souhaite brièvement développer devant vous la place essentielle des métropoles dans la mise en œuvre des trois grands enjeux de notre époque que sont aujourd’hui la cohésion, la transition écologique et la différenciation, et qui fondent la « nouvelle donne territoriale » que je défends au sein du Gouvernement.

1-    Nous devons tout d’abord affirmer le rôle central que jouent les métropoles en termes de « cohésion », qui est véritablement le  premier pilier de notre action en faveur des territoires

Par leur poids démographique et économique, les métropoles sont au cœur des relations de complémentarités, c’est-à-dire de coopération, de réciprocité et de solidarité, et ce à toutes les échelles :
-    A l’échelle nationale, elles contribuent plus que tout autre à la solidarité, à travers les mécanismes de péréquation et de redistribution, que Laurent Davezies avait notamment bien mis en valeur dans son ouvrage La République et ses territoires ;
-    A l’échelle locale, elles contribuent à structurer les milliers de fils tendus – matériels comme immatériels – qui solidarisent les territoires :

  • Les enjeux de cohésion, c’est aussi à l’intérieur des métropoles, la relation entre les quartiers populaires qui concentrent souvent les difficultés et le reste du territoire ;
  • les métropoles structurent également les relations avec les bassins de vie environnants dans lesquels nombre de nos concitoyens habitent, mais avec des interactions constantes avec la métropole proche : penser cette relation centre-périphérie pour qu’elle profite à tous est un véritable défi de cohésion territoriale ;
  • C’est aussi le développement des circuits courts et de l’économie circulaire, comme en témoigne la montée en puissance des PAT – les Projets Alimentaires Territoriaux.

C’est d’ailleurs pour mettre en œuvre la complémentarité et relever ce défi de la cohésion entre les territoires que le Président de la République a souhaité, en 2018,  créer un grand « ministère des territoires », que j’ai l’honneur de diriger. Un ministère qui incarne ces complémentarités, avec l’arrivée cette année d’une ministre déléguée à la ville, Nadia Hai, d’un secrétaire d’Etat à la ruralité, Joël Giraud, et d’un secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, Cédric O.

Les métropoles sont également au cœur du second pilier de notre action : la lutte contre toutes les assignations à résidence, qu’elles soient économiques, sociales ou symboliques.
Elles sont en effet les premières concernées par la Politique de la Ville, qui concentrent, comme je le disais, la plus grande pauvreté. Le 29 janvier, un Comité interministériel des villes, présidé par le Premier ministre, sera notamment l’occasion d’évoquer :

-    l’accélération des projets de renouvellement urbain ;
-    ainsi que les initiatives prises dans le cadre du Plan de relance, avec la mobilisation d’un milliard d’euros pour l’amélioration du cadre de vie et l’insertion professionnelle.

Cette action en faveur des quartiers illustre d’ailleurs le fait que, si l’égalité entre les territoires n’est pas une réalité, nous devons nous battre pied à pied pour garantir à chacun, territoire comme citoyen, les moyens de choisir son destin. Pour garantir, pour reprendre la belle formule de Pierre Bourdieu, « l’accès universel aux conditions d’accès à l’universel » :

-    C’est pour cela que pour les QPV , mais aussi les ruralités, qui concentrent également trop souvent les fragilités, nous avons développé le programme France Services, pour faire revenir les services publics auprès de ceux qui en sont le plus besoin. 1.100 de ces structures ont d’ores et déjà été ouvertes, et il y en aura au moins 2.000 d’ici 2022 ;
-    C’est aussi pour cela que le Président de la République a impulsé la création de l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires, qui porte d’ailleurs le programme France Services. Sa mission est claire : apporter à l’ensemble des territoires, de la plus grande métropole au plus petit territoire rural, l’ingénierie nécessaire à la conception et au déploiement de ses projets, au plus près de ses réalités et de ses besoins. C’est ce que j’appelle, vous le savez, le « sur-mesure ».

2-    La « nouvelle donne territoriale », c’est aussi intégrer – voire réconcilier - dans chacune de nos actions ces impératifs de cohésion avec la transition écologique, en pensant mieux toutes ces complémentarités

Sur ce sujet, les collectivités – et particulièrement les métropoles, du fait de leurs capacités stratégiques et de leur force de frappe – mènent des politiques innovantes et volontaristes, notamment pour organiser des projets de territoire intégrateurs, à même de penser les liens entre développement économique, cohésion sociale et transition écologique.
Il s’agit notamment :

-    D’organiser l’expansion urbaine tout en limitant son impact sur les espaces naturels et agricoles ;
-    De Lutter contre l’enclavement, notamment à travers le développement de réseaux de transports collectifs.

Je pense que beaucoup de tables-rondes fourniront d’ailleurs de très beaux exemples de réalisation.
Les métropoles ont d’ailleurs été une source d’inspiration dans la manière dont nous avons renouvelé notre logiciel d’action territoriale :

  • Je pense particulièrement à nos programmes en faveur de l’attractivité des territoires – à commencer par Action Cœur de Ville et Petites Villes de Demain qui ont pour objectif de revitaliser les centres villes et de limiter l’étalement urbain - qui mobilisent les complémentarités entre acteurs. J’annoncerai d’ailleurs, le 15 février prochain, dans le Calvados, les « Petites villes de demain » lauréates du programme POPSU Territoires, qui bénéficieront de l’accompagnement d’un chercheur pour construire un tel projet ;
  • Le projet de loi Convention Citoyenne pour le Climat va d’ailleurs également nous permettre de faciliter l’action des collectivités dans leur lutte contre la pollution automobile, tout en augmentant l’ambition dans la lutte contre l’étalement urbain.

3-    La différenciation territoriale est le dernier volet de notre action pour encourager et valoriser ces complémentarités territoriales
Là encore, dès 2017, le Président de la République a fait de la différenciation le cap de son action en faveur des territoires, précisément pour faire primer l’action efficace sur le « mécano institutionnel ».

Car le vieux rêve du « jardin à la Française » - une place pour chaque chose et chaque chose à sa place – s’est en effet heurté aux multiples dynamiques et échanges qui dépassent toujours les cadres institutionnels.

« Le mot frontière est un mot borgne, l’homme a deux yeux pour voir le monde » écrivait joliment Paul Eluard. Utilisons-les pour bien mesurer que, dans un monde où les enjeux globaux et locaux s’articulent et s’entrechoquent chaque jour, le recherche du « périmètre idéal », par essence introuvable, doit laisser la place à l’expression des liens qui se jouent déjà.

C’est pour cela que les territoires doivent avoir les moyens d’être plus dynamiques, plus « élastiques », notamment face aux grands défis identifiés ces derniers mois : la transition écologique, le logement, les transports ainsi que la santé et les solidarités.

Tous territoires qui ont d’ailleurs prouvé, depuis le début de la crise sanitaire, face à laquelle ils sont en première ligne, leur agilité et leur inventivité pour déployer des réponses appropriées aux problèmes posés localement.

C’est pour cela que nous faisons en sorte de permettre l’adaptation des politiques publiques à la diversité des situations vécues.

A travers, d’abord, des projets de lois : le projet de loi organique « Expérimentation » adopté à la quasi-unanimité par le Sénat le 3 novembre 2020, et aujourd’hui le projet de loi « 4D » ont ce même cap : donner l’opportunité – et la liberté - aux territoires d’expérimenter leurs propres façons de mener des politiques publiques efficaces, notamment en renforçant les complémentarités.

Cette dimension est également au cœur de la nouvelle démarche contractuelle entre l’Etat et les collectivités territoriales que nous mettons en œuvre avec les Contrats de Relance et de Transition Ecologique (CRTE).

Dans les six prochains mois, avec ces nouveaux contrats intégrateurs, qui étaient – je le sais - très attendus par de nombreuses métropoles, nous avons une occasion historique pour ensemble :

-    donner une dimension pratique à la différenciation territoriale, en partant des stratégies définies par les acteurs locaux pour adapter les réponses de l’Etat à leurs besoins et à leurs spécificités ;
-    d’y inscrire, dans chaque contrat, un volet de coopération interterritoriale, en favorisant de manière souple le maximum de relations et de projets portés en commun par les acteurs métropolitains et leurs voisins, dans une logique de réciprocité ;
-    en s’appuyant, enfin, sur un Etat-accompagnateur, qui rassemble l’ensemble de ses politiques publiques et mobilise ses services autour du préfet, délégué territorial de l’ANCT .

Conclusion :

Mesdames et Messieurs,
Voilà, en somme, ce que je voulais vous dire ce matin. Tournons le dos à la rhétorique, excessive et mensongère, de la séparation, de la fragmentation et de l’opposition. Ce n’est pas la réalité que je constate depuis plusieurs années, à chacun de mes déplacements.  

Au contraire : je suis frappée, à chaque fois, dans les métropoles comme dans les plus petites communes, de ce que j’appelle « l’intelligence des territoires », c’est-à-dire ce mélange d’inventivité, de complémentarités et de projets, qui dessinent un avenir plus solidaire et plus résilient pour notre pays.

Dans ce chemin que nous inventons ensemble, les métropoles, dans leur diversité, ont évidemment un rôle majeur à jouer. Elles sont, d’une certaine manière, les primus inter pares : plus grandes et plus fortes, mais au sein d’un même ensemble, dont le destin est lié.

Plus largement, et c’est ce qui est au cœur de notre action depuis 2017, et que nous allons continuer de faire : regardons le territoire tel qu’il est et non tel qu’il devrait être, donnons aux acteurs des moyens concrets pour s’ouvrir et construire des solutions originales.

Privilégions, pour reprendre les mots de Jean-Marc Offner, à qui j’ai le plaisir de passer la parole, le « faire » sur « l’être ».
Je vous remercie.